L’Union des syndicats OGBL-LCGB a donc finalement réussi, non seulement à imposer la convocation d’une tripartite malgré les réticences initiales du Premier ministre Luc Frieden, mais également à en bousculer l’ordre du jour et à faire largement valoir ses positions, comme en témoigne l’accord signé à l’issue de ces négociations.
La tripartite qui s’est tenue du 2 au 4 juin dernier et l’accord qui en résulte constituent certainement le premier grand succès pour la jeune Union des syndicats OGBL-LCGB, qui vient tout juste de célébrer sa 1re année d’existence. Le combat a été long, mais il a donc fini par payer, ou plutôt faudrait-il dire: il vient de commencer à payer.
Au cours des deux dernières années, l’OGBL et le LCGB ont mobilisé, manifesté, négocié et construit un rapport de forces avec le gouvernement et le patronat en faveur du pouvoir d’achat, de l’emploi et du modèle social luxembourgeois. Aujourd’hui, ce travail porte donc ses fruits.
Même s’il s’agit d’un compromis, l’accord tripartite conclu le 8 juin 2026 entre le gouvernement et les partenaires sociaux constitue avant tout une avancée importante pour les salariés et leurs familles et répond en grande partie aux revendications de l’Union des syndicats OGBL-LCGB (lire à ce sujet notre dossier central).
Le salaire social minimum augmente de 200 euros nets
Parmi les principales avancées obtenues figure évidemment l’augmentation du salaire social minimum. Alors que le gouvernement assurait encore quelques semaines auparavant que le dossier était définitivement clos, l’Union des syndicats OGBL-LCGB a obtenu pour les bénéficiaires du salaire social minimum une augmentation nette de l’ordre de 200 euros par mois. Ce qui, en termes de pouvoir d’achat, équivaut quasiment à une augmentation de 300 euros brut, que revendiquait l’Union des syndicats depuis des mois. L’accord tripartite prévoit que cette augmentation se compose d’une augmentation du salaire brut de 3,8% (au 1er janvier 2027) et d’un crédit d’impôt (augmentations du CISSM en deux temps: au 1er janvier 2027 & au 1er juillet 2027), dégressif jusqu’à un salaire brut de 3 600 euros.
Près de 70 000 salariés profiteront directement de cette mesure.
La revendication de l’Union des syndicats OGBL-LCGB visant une augmentation structurelle du salaire social minimum reste quant à elle entière. Mais la priorité de l’OGBL et du LCGB a toujours été claire et constante: améliorer concrètement le pouvoir d’achat de celles et ceux qui perçoivent le salaire social minimum. La mesure retenue dans le cadre de l’accord tripartite répond indéniablement à cet objectif.
L’index est protégé
A noter ensuite que pour la première fois de l’histoire, une tripartite s’est ouverte avec la garantie préalable du gouvernement que l’index était gravé dans le marbre. L’index n’a donc pas fait l’objet des négociations tripartites, malgré les tentatives du patronat. Le système d’indexation des salaires et des pensions reste ainsi pleinement garanti et ne sera ni manipulé, ni reporté, ni plafonné. Cet acquis découle directement du rapport de forces construit par l’Union des syndicats OGBL-LCGB au cours des deux dernières années.
Une tranche indiciaire neutralisée dans le barème fiscal
L’accord retient ensuite l’introduction dès le 1er juin 2026 d’un nouveau crédit d’impôt baptisé: crédit d’impôt conjoncture. Celui-ci équivaut à une tranche indiciaire et il sera intégré définitivement dans le barème fiscal à partir du 1er janvier 2027. Grâce à cette mesure, les salariés et les pensionnés bénéficient d’un allègement fiscal qui vient renforcer leur pouvoir d’achat.
Des mesures contre la hausse des prix de l’énergie
L’accord prévoit en outre des baisses temporaires du prix des carburants, du coût de l’électricité, des prix du gaz et du mazout de chauffage.
Le gouvernement s’est ainsi engagé à prendre en charge temporairement (du 1er juillet au 31 décembre 2026) une partie du surcoût lié à la hausse du prix du diesel et de l’essence de 5 centimes d’euros par litre toutes taxes comprises (par rapport au niveau du prix au 1er février 2026). Il s’est également engagé à introduire temporairement (du 1er août au 31 décembre 2026) une subvention sur le prix intégré de l’électricité de 4 centimes d’euros par kWh toutes taxes comprises pour tous les clients résidentiels ayant une consommation annuelle inférieure à 25 000 kWh. Enfin, le gouvernement s’est engagé à introduire, du 1er août au 31 décembre 2026, une compensation financière sur le gasoil utilisé comme combustible de l’ordre de 15 centimes d’euros par litre toutes taxes comprises et une compensation financière de 15 centimes d’euros toutes taxes comprises par mètre cube de gaz.
L’objectif est clair ici également: limiter l’impact de la crise énergétique sur les ménages et freiner l’inflation.
Un coup de pouce pour la transition écologique
Outre les mesures pour contrer la hausse des prix de l’énergie, l’accord ne perd pas de vue la nécessaire transition énergétique et la nécessité de réduire la dépendance des énergies fossiles, encore mise en évidence par la crise actuelle.
L’accord prévoit ainsi des augmentations temporaires pour l’installation de pompes à chaleurs dans des bâtiments d’habitation existants de l’ordre de 2 000 euros, des aides financières pour le conseil en énergie et pour l’assainissement énergétique.
Par ailleurs, le leasing social de voitures électriques, visant à permettre aussi aux ménages plus vulnérables, de se passer des carburants fossiles, sera mis en application dès le 1er janvier 2027.
Le logement devient enfin une priorité permanente
Il est un fait que plus personne ne conteste désormais: le logement constitue aujourd’hui l’un des principaux problèmes du pays.
Sous l’impulsion syndicale, l’accord prévoit ainsi la création d’un Comité de suivi du logement afin d’assurer un suivi régulier de la situation et de développer de nouvelles solutions.
Le combat pour un logement accessible se voit désormais inscrit durablement dans l’agenda politique.
Une meilleure protection de l’emploi
L’accord prévoit ensuite la création d’un mécanisme permettant de mettre en place des cellules sectorielles de reclassement et de reconversion lorsque des secteurs sont touchés par des restructurations ou des pertes d’emplois.
Ce mécanisme permettra de mieux protéger les salariés et leurs familles de l’impact des multiples crises et transformations que nous traversons actuellement.
Un dialogue social renforcé
Mais l’une des avancées les plus importantes de cet accord est d’ordre institutionnel.
L’accord prévoit en effet la mise en place d’un Comité de suivi tripartite permanent afin d’assurer le suivi des engagements pris dans le cadre de cet accord et d’examiner l’évolution de la situation économique, sociale et celle de l’emploi.
Ensemble avec le Comité de suivi du logement et les cellules de reclassement sectorielles, ce Comité de suivi tripartite constitue un renforcement substantiel de notre modèle social et du dialogue social en général.
Alors que le gouvernement Frieden avait la ferme intention de remettre en cause la légitimité des syndicats en tant que partenaires sociaux et d’en finir avec le modèle social luxembourgeois, ce renforcement du dialogue social constitue une victoire importante pour l’Union des syndicats OGBL-LCGB!
Une victoire d’étape importante… mais le combat continue
Chaque avancée contenue dans cet accord découle directement du rapport de forces construit lors de la grande manifestation du 28 juin 2025 et du travail acharné des délégués et militants de l’Union des syndicats OGBL-LCGB tout au long des deux dernières années. Ceci, il ne faut jamais l’oublier. Et s’il fallait encore s’en convaincre, il suffisait de tendre l’oreille, quelques jours après la signature de l’accord tripartite (8 juin), lors de l’interview au journal télévisé de RTL du ministre des Finances, Gilles Roth, (10 juin). Celui-ci a ainsi explicitement justifié les mesures retenues lors de la tripartite par le fait que le gouvernement ne souhaitait plus revoir déferler une vague humaine dans les rues de la capitale, comme ce fut le cas le 28 juin 2025.
L’Union des syndicats OGBL–LCGB continuera à défendre les intérêts des salariés, des pensionnés et de leurs familles avec la même détermination qu’elle a démontré au cours de ces deux dernières années. Pour des augmentations salariales structurelles, pour une réduction du temps de travail, pour plus de conventions collectives et bien d’autres progrès sociaux encore: nous continuerons à nous mobiliser tant que cela sera nécessaire.
Le cahier de revendications présenté par l’Union des syndicats OGBL-LCGB dans le cadre de la tripartite est à découvrir dans le dossier central de l’Aktuell #3 2026.
Publié le 9 juin 2026 (mis à jour le 18 juin 2026)
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