Mise au point

On ne peut pas combattre le phénomène des working poor sans une augmentation du salaire social minimum!

Le gouvernement a récemment présenté son plan de lutte contre la pauvreté, avec l’ambition affichée de mieux protéger les personnes les plus vulnérables et de réduire les inégalités sociales dans notre pays. À l’OGBL, nous partageons évidemment l’objectif de combattre la pauvreté sous toutes ses formes.
Mais au-delà des intentions et des déclarations, nous devons malheureusement constater que ce plan n‘est clairement pas à la hauteur des réalités sociales vécues par des milliers de personnes au Luxembourg.

Ce plan se démarque tout d’abord par un manque criant de mesures structurelles concernant l’un des facteurs les plus déterminants de la pauvreté au Luxembourg, le logement. Comment prétendre lutter efficacement contre la précarité sans s’attaquer sérieusement à la flambée incontrôlée des loyers et des prix de l’immobilier? Comment améliorer le pouvoir d’achat des ménages modestes si une part toujours plus importante de leurs revenus est engloutie dans les frais de logement? L’absence de réponses concrètes à ces questions met en question l’ensemble de la stratégie gouvernementale.

Il faut dire que la crise du logement touche de plein fouet les bas et moyens revenus. De plus en plus de ménages, même quand ils travaillent à temps plein, peinent à joindre les deux bouts.

Dans ce contexte, il est donc d’autant plus préoccupant que le gouvernement fasse l’impasse sur une autre mesure pourtant évidente et incontournable: une augmentation substantielle du salaire social minimum. Car lorsqu’on est tristement champion en matière de working poor, lutter contre la pauvreté au Luxembourg, c’est avant tout garantir que le travail permette de vivre dignement.

L’OGBL le dit depuis longtemps: le salaire social minimum est trop bas. Trop bas pour faire face au coût réel de la vie. Trop bas pour couvrir des loyers en constante augmentation, des factures d’énergie élevées, des dépenses alimentaires qui ne cessent de croître. Trop bas, surtout aussi, au regard des critères européens et des engagements internationaux que le Luxembourg a pourtant soutenus.

Au niveau européen, il est désormais clairement établi qu’un salaire minimum décent devrait atteindre au moins 60% du salaire médian ou 50% du salaire moyen. Ces repères ne sont pas idéologiques, mais sont le fruit d’analyses économiques et sociales visant à garantir un niveau de vie digne aux personnes qui travaillent. Or, le salaire social minimum luxembourgeois reste en-dessous de ces seuils. Ceci est un fait. Et ce fait doit être reconnu et corrigé.

Augmenter le salaire social minimum n’est donc pas une revendication abstraite. C’est une nécessité sociale, économique et morale. C’est aussi un levier puissant pour soutenir la consommation intérieure, renforcer la sécurité sociale et réduire la dépendance aux prestations complémentaires.

Nous appelons le gouvernement à revoir sa copie. À écouter les personnes concernées …
À sortir d’une logique des petits pas et à prendre des décisions à la hauteur des enjeux.

Et il faut souligner que contrairement à certains discours alarmistes, notamment de la part de l’Union des entreprises luxembourgeoises, une hausse du salaire social minimum ne met pas en péril l’économie. Les entreprises disposent de marges suffisantes et de nombreux secteurs affichent d’ailleurs des bénéfices élevés. La productivité a augmenté au fil des années. Il est donc légitime que les salaires suivent cette évolution et que la richesse produite soit mieux partagée.

À l’OGBL, nous rappelons également que le salaire social minimum ne concerne pas une minorité marginale. Il concerne des dizaines de milliers de personnes: des jeunes, des femmes, des personnes actives dans des secteurs essentiels comme le nettoyage, la restauration ou le commerce. Ce sont des métiers indispensables au bon fonctionnement de notre société. Ils méritent reconnaissance et respect, y compris sur le plan salarial.

L’OGBL demande donc une réorientation claire des priorités politiques. La lutte contre la pauvreté ne peut être crédible sans une politique salariale ambitieuse. Elle ne peut être crédible sans un salaire social minimum aligné sur les critères européens et adapté au coût réel de la vie au Luxembourg. Elle ne peut être crédible sans une volonté politique de garantir que le travail protège effectivement contre la pauvreté.

Nous appelons le gouvernement à revoir sa copie. À écouter les personnes concernées et leur représentation syndicale. À sortir d’une logique des petits pas et à prendre des décisions à la hauteur des enjeux. L’augmentation du salaire social minimum doit devenir un message clair, fort et central de toute politique sérieuse de lutte contre la pauvreté.

Le Luxembourg a les moyens et surtout la responsabilité de faire mieux. Pour la dignité du travail et pour l’avenir de notre cohésion sociale.

Nora Back, présidente de l’OGBL