Le Comité national de l’OGBL a fait sa rentrée à la Maison du peuple à Esch-sur-Alzette le 29 septembre dernier dans un contexte pour le moins préoccupant. Entre les chaleurs suffocantes et les feux de forêts qui ont ravagé l’Europe cet été, les crises et les guerres de plus en plus inquiétantes qui secouent la planète avec leurs lots d’horreur et de misère qui hantent chaque jour l’actualité, leurs répercussions concrètes qui se font désormais aussi ressentir jusque dans notre quotidien au Luxembourg, les grands défis syndicaux disons plus «classiques» qui nous attendent dans les prochains mois et la progression électorale quasi-continue des partis d’extrême droite: autant dire que le tableau d’ensemble n’a rien de rassurant en cet automne.
«Ce n’est pas une rentrée comme les autres», a ainsi lancé la présidente de l’OGBL, soulignant que sur tous ces fronts, l’OGBL a une action à mener, un rôle à jouer, un combat à livrer, dans l’intérêt des salariés, des pensionnés et de leurs familles — aussi bien en ce qui concerne la lutte contre le dérèglement climatique, l’engagement pour la paix, la protection des salariés et de leurs familles face aux conséquences économiques des crises internationales, l’opposition aux attaques du patronat sur les acquis sociaux ou bien encore le combat qui doit être implacable contre les idées d’extrême droite mais aussi contre les politiques néolibérales qui ne font que nourrir les premières.
Augmentation des prix et défense de l’index
Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient se font déjà ressentir depuis un moment sur le pouvoir d’achat des ménages. Les prix des marchandises ne cessent en effet d’augmenter. Et si le système d’indexation des salaires et des pensions permet certes au Luxembourg de compenser régulièrement, du moins en partie, la perte de pouvoir d’achat des ménages en raison de la hausse des prix, l’inflation se fait actuellement quand même ressentir au supermarché, à la pompe à carburant et dans la vie de tous les jours.
L’OGBL sait également que dès que les prix augmentent un peu trop vite, reviennent également les menaces qui pèsent sur notre système d’indexation. Les récentes déclarations faites par plusieurs membres du gouvernement se veulent pour l’instant rassurantes à ce sujet. Mais l’OGBL reste malgré tout sur ses gardes, d’autant plus qu’une réunion tripartite aura lieu le 20 octobre prochain, qui est en soi une réunion de suivi du dernier accord tripartite, telle qu’elle avait été retenue dans l’accord final.
Le Comité national de l’OGBL réuni le 29 septembre a néanmoins préféré prendre les devants en soulignant qu’il ne tolérerait aucune manipulation de l’index. Il s’agit là d’une ligne rouge.
Organisation du temps de travail
Sur le plan du droit du travail et des réformes que le ministre du Travail pourrait entreprendre dans ce cadre, les six prochains mois devraient être décisifs. Il est en effet peu probable que passé ce délai, le ministre prenne encore de grandes initiatives, la prochaine échéance électorale devenant trop proche. Parmi ces dossiers, certains s’avèrent cruciaux pour l’avenir du travail au Luxembourg. Pour l’heure, il n’est pas possible de prédire quelles conclusions le ministre tirera des discussions avec les syndicats et l’UEL.
Actuellement, le Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE) auquel participe activement l’OGBL, travaille dans ce contexte sur plusieurs dossiers parallèlement. A commencer par celui de l’organisation du temps de travail. Les revendications de l’Union des syndicats et celles du patronat continue de diverger diamétralement à ce sujet. Alors que les syndicats proposent une série de mesures visant à améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (réduction du temps de travail, 6e semaine de congé légal, …), l’UEL souhaite faire sauter quasiment tous les garde-fous qui encadrent actuellement l’organisation du temps de travail.
Plan de maintien dans l’emploi, transparence salariale, congés extraordinaires
Un autre dossier discuté actuellement au CPTE porte sur une éventuelle modernisation de l’instrument que représentent les plans de maintien dans l’emploi. Les syndicats plaident ici pour que la loi rende obligatoire la négociation d’un plan de maintien dans l’emploi avant toute discussion concernant des licenciements collectifs dans une entreprise (plan social). Une telle mesure permettrait assurément de sauvegarder un maximum d’emplois lors des restructurations d’entreprise. Ici aussi, les vues du patronat et des syndicats continuent à diverger énormément.
Vient ensuite le dossier de la transposition de la directive sur la transparence salariale, sur laquelle le gouvernement a pris désormais énormément de retard. Alors que l’OGBL salue la directive et souhaiterait la voir transposer au plus vite, les représentants du patronat freine les discussions, arguant que la directive va entrainer une charge administrative trop importante pour les entreprises.
Le ministre du Travail a également lancé toute une série d’initiatives visant améliorer certains congés extraordinaires (congé linguistique, congé d’aidant, congé pour mort-né) que l’OGBL accueille globalement de manière favorable. Le ministre souhaite également introduire un soi-disant droit au temps partiel familial, qui consisterait pour un salarié à plein temps de pouvoir réduire de 4 heures par semaine son temps de travail (avec perte de salaire correspondant) pour pouvoir s’occuper davantage de ses enfants, sans avoir pour autant la garantie de pouvoir revenir à terme sur un temps plein. Par ailleurs, l’employeur garderait le pouvoir de refuser une telle demande. L’OGBL a du mal à voir en quoi cette disposition constitue un progrès par rapport à la situation actuelle.
L’article a été publié dans l’Aktuell (4/2026)
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