Les assurés pris en otage par le déconventionnement

Démantèlement de notre système de santé

L’Union des syndicats OGBL-LCGB met en garde face une «attaque frontale et sans précédent» contre le système de santé public et solidaire actuel au Luxembourg. Les syndicats craignent en effet à terme une privatisation du secteur de la santé, comme ils l’ont souligné le 28 avril dernier à l’occasion d’une conférence de presse.

Au centre des inquiétudes se trouve la résiliation par l’Association des médecins et médecins dentistes (AMMD) des conventions qui lient les médecins depuis 1993 à la CNS. Alors qu’une adaptation avait été conclue sans difficulté majeure en octobre 2024, les conventions ont finalement été résiliées de manière inattendue un an plus tard. Un nouveau texte est désormais sur la table, mais la direction de l’AMMD refuse de le signer – malgré un accord sur le fond.

L’Union des syndicats OGBL-LCGB reproche à l’AMMD de prendre les assurés «en otage» en vue d’obtenir des concessions politiques. L’une des revendications de l’AMMD vise la suppression du «conventionnement» des médecins, c’est-à-dire l’obligation pour tous les médecins de pratiquer un tarif unique. C’est ce dernier qui garantit jusqu’à présent des prix et des remboursements identiques pour tous les patients, quel que soit leur revenu.

Selon l’OGBL et le LCGB, la suppression de ces conventions aurait de graves conséquences: les médecins pourraient fixer librement leurs honoraires, tandis que, dans le pire des cas, la CNS ne rembourserait plus qu’une partie, voire plus rien du tout. La différence serait alors à la charge des patients. De plus, cela risque d’entraîner un chaos administratif, voire la fin du paiement immédiat direct.
Les syndicats mettent également en garde contre la mise en place d’une médecine à deux vitesses sur le modèle allemand. Les patients bénéficiant d’une assurance maladie publique devraient alors s’attendre à des délais d’attente plus longs et à des prestations réduites, tandis que les assurés privés seraient traités en priorité.

La situation est d’autant plus urgente que les conventions en vigueur expirent fin octobre 2026. Si aucun nouvel accord n’est conclu d’ici là, le gouvernement devra intervenir par voie de règlement, ce qui ne constituerait qu’une solution d’urgence et ne ferait que garantir les points considérés comme étant obligatoires dans la loi. Il n’est toutefois pas certain que cela puisse être réalisé à temps et de manière exhaustive. Les syndicats demandent donc à la ministre compétente d’agir rapidement afin de disposer de garanties juridiques claires.

Derrière les revendications de l’AMMD, l’OGBL et le LCGB soupçonnent un agenda plus vaste: la libéralisation des tarifs médicaux et une commercialisation accrue du système de santé. Dans le secteur dentaire, les patients doivent aujourd’hui déjà payer des participations considérables (exemple: facturation du CP8). Mais ce n’est pas tout: le développement de la nomenclature de la médecine dentaire est également freiné depuis des années, ce qui entrave le progrès médical.

L’Union des syndicats OGBL-LCGB refuse catégoriquement la mise aux enchères de l’assurance maladie des assurés et n’hésitera pas à engager des actions syndicales pour défendre le droit de chaque assuré à une assurance maladie accessible, au même tarif et avec des remboursements de qualité.

L’article a été publié dans l’Aktuell (3/2026)