11 mars 2015

Le mot du président

Salaire minimum, rémunération et travail de qualité

André Roeltgen, Président de l‘OGBL

André Roeltgen, Président de l‘OGBL

En septembre 2014, une journaliste de RTL radio Luxembourg a entrepris une expérience intéressante. Elle «a vécu» pendant un mois avec le salaire social minimum. La description quotidienne de son expérience est venue corroborer ce qui, d’une manière beaucoup moins spectaculaire, avait déjà été démontré par les statistiques officielles: quiconque doit se contenter du salaire social minimum pour vivre au Luxembourg évolue très près du seuil officiel de pauvreté. Le salaire social minimum ne se trouve que 8% au-dessus de ce seuil, contre 41% en Belgique et 50% en France.

Une autre comparaison n’est pas moins alarmante. Le Luxembourg est avec 10,1%, leader européen en matière de «working poor», c. à d. auprès des salariés qui risquent de tomber sous le seuil de pauvreté. Lorsqu’il s’agit du rapport salaire social minimum/ salaire moyen, le salaire minimum est également bien plus bas que dans nos pays voisins.
L’OGBL exige que le salaire social minimum soit augmenté. L’argument qui s’y oppose est connu: en chiffres absolus, le salaire social minimum luxembourgeois est le plus élevé d’Europe avec ses 1 922,96 euros. La revendication de l’OGBL est-elle pour autant irréaliste et utopique? L’augmentation du salaire social minimum nuirait-elle à la situation économique du Luxembourg? La réponse à ces questions est Non. Les coûts salariaux dans les secteurs économiques concernés, comme par exemple dans le commerce, sont au Luxembourg moins importants qu’en Allemagne, qu’en France et qu’en Belgique. Par ailleurs, il ne faut pas faire abstraction des répercussions positives sur la demande intérieure. Et davantage d’équité et de cohésion sociales feraient actuellement beaucoup de bien au Luxembourg!

Le gouvernement luxembourgeois est sur le point de commettre une grave erreur. Il a glissé dans le projet de loi sur la formation professionnelle un article qui prévoit une manipulation inacceptable du salaire social minimum. La législation actuelle prévoit que le détenteur d’un Certificat de Capacité Professionnelle (CCP) touche au bout de deux ans le salaire social minimum. À l’avenir il ne devrait y accéder qu’au bout de sept ans. Outre la dévalorisation injustifiée de cette qualification professionnelle, cela signifierait pour les jeunes concernés une perte salariale de 23 000 euros au total et de 4 615 euros par an. L’OGBL exige la suppression pure et simple de cet article! Tout travail qualifié doit être rémunéré. L’intention du gouvernement est en contradiction aussi bien avec la nécessité d’une augmentation générale du salaire social minimum qu’avec la lutte contre le travail précaire chez les jeunes.

La situation économique du Luxembourg est globalement positive et dans de nombreuses entreprises et secteurs il y a suffisamment de marge de manœuvre redistributive pour pouvoir arriver à des accords salariaux positifs. Dans le cadre de sa politique tarifaire continue, l’OGBL va également insister sur une amélioration des conditions de travail dans les entreprises. Dans les mois à venir, l’amélioration des conditions de travail légales et contractuelles, revêtira ainsi une importance particulière.

Lors des discussions avec le patronat et le gouvernement, l’OGBL refusera catégoriquement toute flexibilisation négative du temps de travail. En d’autres mots, il s’opposera à toute flexibilisation du temps de travail hostile à l’intérêt des salariés. La question de l’harmonisation entre travail et vie privée ne se limite en effet aucunement à la seule réforme du congé parental, mais exige en matière de temps de travail de nouveaux droits et de meilleures dispositions de protection de l’emploi pour l’homme et la femme en général. Du travail de qualité: voici le mot d’ordre qui prévaut. Ainsi est-il souhaitable de discuter des conditions générales, qui en premier lieu consolident l’importance des conventions collectives au Luxembourg et favorisent leurs effets de levier qui sont prioritaires. Ceci, afin de pouvoir exploiter le potentiel d’aménagement des conditions de travail en fonction des spécificités de chaque entreprise et de chaque secteur, dans l’intérêt de tous.

André Roeltgen, président de l’OGBL

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