31 janvier 2012

Editorial

Opposition contre la régression!

André Roeltgen, secrétaire général de l’OGBL

André Roeltgen, secrétaire général de l’OGBL

La Chambre des députés a voté le vol d’index proposé par le gouvernement CSV/LSAP avec 53 voix pour et 6 voix contre. Les conséquences en sont connues:

-    le niveau de l’inflation des années 2012, 2013, 2014 et 2015 déterminera finalement à combien se chiffrera la perte réelle de salaire, de pension et de pouvoir d’achat. Dans le meilleur des cas,  ce sera la moitié d’un mois de salaire. Dans le pire des cas, toute une tranche indiciaire risque d’être supprimée. Les salaires et les pensions seraient alors diminués définitivement de 2,5%;

-    à partir de 2014, le point de départ pour le calcul de l’échéance indiciaire sera définitivement décalé. Il se passera encore plus de temps entre le moment de l’augmentation réelle des prix donc de la perte du pouvoir d’achat et l’échéance d’une tranche indiciaire, donc le rétablissement du pouvoir d’achat donc.

Les employeurs et les actionnaires seront déchargés de 500, 600, 700 millions et peut-être de plus d’un milliard d‘euros. Et ce sans qu’on exige d‘eux une  quelconque contrepartie inscrite dans la loi! Aux 350 000 salariés et leurs familles, aux 150 000 pensionnés ces millions d’euros manqueront dans la vie de tous les jours.

Pourquoi cette politique d’austérité alors qu’une récession menace l‘Europe? Pourquoi cet affaiblissement du pouvoir d’achat au détriment de notre marché intérieur et de ses emplois? Pourquoi ce coup dur pour le modèle luxembourgeois de la négociation salariale qui ne peut fonctionner que sur base d’un mécanisme d’indexation légal et intact? Pourquoi cette réduction de salaires qui aggrave la situation déjà bancale de la distribution entre le capital et le travail au Luxembourg en défaveur de tout le salariat?

Et pourquoi cette énorme violation politique de la loi sur la tripartite de 1984 qui n’envisage de telles modulations de l’index que dans le cas d‘un niveau d’inflation excessif par rapport aux principaux partenaires commerciaux et d‘une dégradation de la compétitivité économique accompagnée d’une suppression d’emplois?

53 députés sont apparemment d’avis qu’une différence de 0,1% d’inflation par rapport à toute la zone Euro1 constitue une telle inflation excessive!

53 députés sont d’avis qu’un pays dont le produit intérieur brut se situait les dernières 11 années en moyenne à environ 3,1% connaît une crise de compétitivité. En Allemagne, le pays que le patronat luxembourgeois semble préférer pour ses comparaisons, la moyenne était de 0,9%.

Et 53 députés ignorent tout simplement le fait que la part des salaires dans le revenu national n’a pas seulement baissé tendanciellement, mais qu’elle est de loin la plus basse dans la comparaison entre pays.

Le «ça suffit» que le Premier ministre, Jean-Claude Juncker, a lancé au patronat à l’occasion de la réception de Nouvel An de la FEDIL, venait bien trop tard pour être encore crédible. N’aurait-il pas été de son devoir d’interrompre avec ce même «ça suffit» la tripartite en décembre quand il s’avéra que l’organisation patronale UEL allait boycotter intentionnellement les négociations tripartites avec son catalogue de revendications extrémistes et qu’elle privait ainsi la tripartite de toute base de négociation? Les ministres du parti socialiste (LSAP) et 12 députés du LSAP de leur côté ont ignoré tout simplement leur propre résolution adoptée par le congrès du 30 avril 2010. Cette résolution dit que le LSAP resterait fidèle au système automatique d’indexation en vigueur! Il ne l’est plus depuis le 26 janvier 2012.

Cette loi sur la manipulation de l’index doit être abrogée! Et l’OGBL n’adresse pas cette revendication pas à un prochain gouvernement, mais au gouvernement actuel, à celui qui depuis 2010 par des manipulations de l’index et par des subventions ou décharges publiques a déjà procuré au patronat plus d’un milliard d’euros.

La tripartite est à l’arrêt. En plus du vol direct de l’index, le modèle luxembourgeois de la négociation salariale est sérieusement remis en question. La paix sociale ne semble plus représenter un argument de poids. Au lieu de favoriser des prestations familiales et sociales compensatrices et l’amélioration des prestations de santé, on ouvre la voie à la mise en place de «l’Etat pauvreté» basé sur la «sélectivité sociale». Qu’en est-il de la réforme de la législation sur la cogestion pour plus de démocratie dans la vie économique, cette réforme qui avait  été retenue dans le programme de coalition? Il est prévu que les dispositions du contrat à durée déterminée soient assouplies donc dégradées. Les heures d’ouverture des magasins vont être étendues sans aucune compensation pour le personnel. Dans le domaine des services publics, les salaires et traitements vont être réduits et le personnel va être discipliné à coup de méthodes d’évaluation néolibérales.

Et il n’y a pas que cela. Une réforme des pensions régressive s’annonce. Dans ce contexte également, le gouvernement ignore en grande partie les objections et contrepropositions syndicales. Les dites «vis de réglage» ne seront tournées que dans un sens.  A part travailler plus longtemps pour moins de prestations de pension, l’actuel projet de loi n’a rien à offrir. La prime de fin d’année pour les pensionnés va être supprimée. L’ajustement est également menacé. Qu’en est-il d’un nouveau modèle de financement pour l’avenir, un modèle qui n’est pas unilatéralement axé sur une réduction des coûts mais qui vise aussi un plus du côté des recettes? Qu’en est-il du modèle de financement revendiqué par l’OGBL qui  lie l’évolution des cotisations paritaires de pension à une nouvelle source de financement supplémentaire, afin de pérenniser surtout pour la jeunesse un système public d’assurance-pension performant et de protéger les jeunes générations du salariat d’être amenées à souscrire des assurances complémentaires privées, onéreuses et moins performantes?

Le moment est venu de faire opposition contre cette politique. L’OGBL empruntera cette voie. Le salariat luxembourgeois n’a plus le choix.

1 période 2000-2010

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