29 février 2012

Editorial

Manipulation de l’index, politique économique, fausses réformes et manque de réformes

Jean-Claude Reding, président de l’OGBL

Jean-Claude Reding, président de l’OGBL

La prochaine tranche indiciaire viendra probablement à échéance en mars. Mais suite au vote de la loi sur la manipulation de l’indexation le 26 janvier passé, elle sera versée seulement en octobre.

En raison de cette manipulation de l’index, les salaires et les retraites ne seront pas adaptés à l’évolution moyenne des prix et perdront jusqu’en octobre 2,5% de valeur. La loi du 26 janvier ne prévoit rien en ce qui concerne le contrôle ou le blocage des prix quoi qu’une telle disposition soit inscrite à l’article 512-12 du Code du travail comme une des mesures prévues (il y est question également d’une meilleure protection contre le licenciement) pour accompagner la manipulation de l’index.

La manipulation de l’index n’a pas d‘influence sur l’évolution des prix et n’a surtout aucune incidence sur l’évolution du marché du logement.

La manipulation de l’index ne doit pas remplacer une discussion sérieuse sur la politique économique du Luxembourg

L’argument avancé pour justifier la manipulation de l‘index ne fut pas celui d‘une inflation excessive causée par l’évolution des salaires, mais celui selon lequel les salaires doivent être freinés au Luxembourg pour des raisons de compétitivité. Les marges bénéficiaires et le niveau des profits seraient trop bas, prétend-on, sans pour autant produire des preuves basées sur des faits concrets. La compétitivité doit être améliorée afin de sauvegarder des emplois. Pourtant la loi ne prévoit aucun engagement de cette nature pour les entreprises.  Malgré la manipulation de l’index, des emplois sont supprimés chez Chemolux McBride à Foetz, à la Swedbank, l’avenir des usines d’ArcelorMittal à Schifflange et à Rodange est incertain.

Et que se passera-t-il demain à la BIL, à la KBL, qu’adviendra-t-il de la place financière si l’émir du Qatar prend de plus en plus d’influence?

Quel se passera-t-il chez Cargolux et Luxair, si l’Etat luxembourgeois ne garde pas intacte son influence dans ces entreprises stratégiques, c.-à-d. son niveau de participation dans le capital des deux compagnies?  Quels sont les intérêts stratégiques de Qatar Airways chez Cargolux? Quelles seront les répercussions pour l’aéroport de Luxembourg d‘un nouveau renforcement de la présence de Qatar Airways dans Cargolux?

N’avons-nous pas tiré des leçons de la transformation d’ARBED en Arcelor et finalement de la reprise d‘Arcelor par Mittal?

Au lieu de déclencher une discussion superflue sur la pondération du vin, de la bière, de l’alcool et du tabac dans le panier de la ménagère, un débat sérieux sur l’orientation de notre politique économique serait de mise.

Au sujet du manque de réformes et de fausses réformes

Par la manipulation de l’index, on n’empêche pas les faillites, étonnement nombreuses au Luxembourg. Afin d’y parvenir, il faudrait des révisions radicales du droit commercial. Depuis plusieurs législatures, on parle d’entamer une telle réforme. Mais rien ne se passe.
C’est le cas également pour la réforme sur la législation de la cogestion et des représentations du personnel. On se lamente du manque de qualité du dialogue social, mais aucun projet de loi y relatif n’a été déposé, et ce malgré les promesses du ministre du Travail et du ministre d’Etat.

Les réformes mises en route par le gouvernement sont souvent unilatéralement marquées par la logique d‘une politique de rigueur budgétaire et n’apportent pas de réponses aux questions d’avenir importantes. C‘est aussi notre principale critique au sujet de la réforme envisagée du système de l’assurance pension. On projette de dégrader les prestations, alors que des alternatives financières à cette détérioration existent.  Malheureusement, on ne les discute jamais sérieusement. Une réforme du système d’assurance pension qui ne prend pas parallèlement en compte la situation sur le marché de l’emploi, qui ne considère pas les conditions de travail, qui ignore les changements dans les carrières professionnelles des jeunes salariés et des femmes et qui ne propose pas d’améliorations dans ce sens, doit être qualifiée de réforme du démantèlement social.

Les réformes doivent se faire avec l‘ensemble des salariés

Une politique de réforme dans le domaine de l‘encadrement des enfants qui ne tient pas compte des propositions des personnes travaillant dans ce secteur, en l’occurrence les éducateurs, va dans la mauvaise direction. Il ne suffit pas d’investir dans les infrastructures, mais il faut également investir dans les êtres humains qui y travaillent et il est de prime importance de leur prêter oreille.

La même chose vaut pour le domaine de la gériatrie et le secteur de la santé. Dans ces domaines bien des améliorations qui s’avèrent nécessaires, sont perçues et revendiquées par les gens qui y travaillent. On doit cependant aussi leur donner la possibilité d’améliorer les prestations dans le cadre de leurs activités respectives. Leur travail mérite d’être reconnu.

Les réformes doivent se faire avec les gens, elles doivent être portées par la majorité et ne doivent pas être le fruit de théoriciens, d’experts loin des réalités ou d‘arrivistes surpayés.
C’est le cas notamment en ce qui concerne la réforme de notre système d’éducation. Si les propositions de réforme sont rejetées par les trois quarts de tous les instituteurs et professeurs, alors un politicien devrait au moins se demander s’il ne fait pas fausse route.

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