27 février 2014

Éditorial

Lors de ses décisions budgétaires, le gouvernement doit prendre en compte que la situation sociale des salariés s’est détériorée

Début mars, le gouvernement va présenter le budget de l’État définitif de 2014. L’année 2013 sera clôturée avec un budget de l’administration publique en équilibre. Les données sur le plan de l’économie nationale pour 2014 se sont améliorées.

Cette évolution positive ne doit cependant pas dissimuler le fait que la situation économique de nombreuses personnes s’est détériorée.

Selon un calcul de l’institut économique et social de la fondation Hans Böckler (Hans-Böckler-Stiftung), les salaires réels au Luxembourg ont baissé en 2011 et 2012 de 1,7%. Cette tendance négative se voit confirmée par des calculs de la Chambre des salariés.

Les raisons pour ce développement sont doubles. D’un côté, les manipulations permanentes de l’index ont amené à des pertes, de l’autre côté, les négociations salariales sur fond de crise économique sont devenues plus difficiles.

Le nombre croissant de personnes avec des contrats de travail à durée déterminée, qui souvent sont moins bien rémunérés, ont également contribué à ce développement. Fin 2013, 30% des jeunes de moins de 24 ans ont dû se satisfaire de pareils contrats. En 2012 au total 7,6% de la population active était en possession d’un contrat de travail à durée déterminée. La tendance est à la croissance depuis des années.

S’y ajoute le travail à temps partiel, qui pour la plupart du temps n’est pas volontaire.

Ce qui est également inquiétant, c’est l’endettement élevé des ménages au Luxembourg, en particulier en ce qui concerne les crédits à longue durée, pour autant que les chiffres de la Commission Européenne soient fiables.

Comme les intérêts passifs sont normalement à taux variable, une majoration des taux d’intérêts liée à une évolution négative des salaires et à un risque de chômage de plus en plus élevé peut mettre en difficultés bien des familles endettées.

Dans ces conditions, ce serait une grave erreur de politique sociale et économique, d’imposer à la masse des salariés des pertes de revenus encore plus importantes. Une politique d’austérité générale aux dépens de l’évolution des salaires et des prestations sociales pour les petits et moyens salaires, comme le prône et le veut imposer la Commission Européenne de José Barroso et de Viviane Reding, est dans la situation économique et sociale actuelle une grave erreur avec des conséquences fatales pour la cohésion sociale, même dans un pays comme le Luxembourg.

La hausse prévue de la TVA engendrera une charge supplémentaire pour les revenus nets des ménages. Selon un calcul de l’institut allemand de recherche économique «Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung», qui a été réalisé sur demande de la Chambre des salariés, la charge moyenne se situe entre 0,6 et 0,9%, sachant que la charge supplémentaire relative diminue avec l’importance du revenu. En clair: la charge supplémentaire est plus importante pour les petits et moyens revenus que pour les revenus élevés. Rien que pour cette raison, l’augmentation des prix qui découlera directement de la hausse prévue de la TVA devra être intégralement incluse dans le calcul de l’indice des prix à la consommation et prise en compte dans l’adaptation des salaires et des pensions à l’inflation. Des allègements fiscaux supplémentaires sont nécessaires pour les salariés à petits et moyens revenus.

Jean-Claude Reding
Président de l‘OGBL

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