16 juillet 2019

Mise au point

Logement, état d’urgence. Au Luxembourg.

Le droit fondamental des citoyens de pouvoir bien se loger à des prix abordables est remis en question.

andre_discours

André Roeltgen, Président de l’OGBL

Lorsque 36,8% des ménages sont soumis à des coûts du logement très élevés; lorsque plus de 10% des ménages doivent consacrer plus de 40% de leur revenu au logement; lorsque sur une période de seulement 11 ans (2005-2016), l’achat ou la location d’un logement vient à coûter 65,5% (pour l’achat), voire 47,5% (pour la location) plus cher et qu’en même temps, sur la même période, le salaire moyen n’augmente que de 33,6%, index compris; lorsque la spirale des prix de l’immobilier et des terrains constructibles continue de s’accélérer; lorsque l’État et les communes ne font plus que courir derrière les besoins en logements sociaux; lorsque des parts de plus en plus importantes du sol, des terrains constructibles et de l’immobilier deviennent la propriété d’une minorité de familles très bien portantes et qu’en même temps l’Etat perd des millions d’impôts, parce qu’il accorde aux riches quasiment des exemptions fiscales dans leurs affaires spéculatives immobilières; alors la coupe est pleine.

Pour l’OGBL, seule une chose compte: que tous les citoyens puissent à nouveau bien se loger à des prix abordables. Pour la qualité de vie et pour la cohésion sociale dans notre société.

Où est la politique qui déclarera que la poursuite de cet intérêt commun est une priorité absolue et qui la mettra au-dessus de la cupidité d’une minorité de riches, avides de profits et de rendements? Où est la politique qui mettra un terme à la spirale des prix du logement, qu’il s’agisse de location ou d’achat?

Le gouvernement a le devoir de veiller à ce que chacun de ses citoyens puisse bien se loger à des prix abordables.

Il peut atteindre cet objectif. A une condition.

Il doit lutter de façon conséquente contre la spéculation immobilière et sur les terrains constructibles. Il n’existe pas d’autre alternative. Viser avant tout à augmenter l’offre de logements et de terrains constructibles sans, en même temps, combattre efficacement la spéculation sur l’immobilier et les terrains constructibles n’a aucun sens. Une stabilisation des prix ne pourra pas être obtenue de cette façon.

Quand est-ce que la politique prendra enfin conscience que des familles très bien portantes faussent le marché du logement et empiètent, dans leur intérêt, sur la répartition du sol et de l’immobilier? La perspective de rendement élevé, voire de plus-value exceptionnelle avec en même temps de faibles intérêts et une charge fiscale réduite jusqu’à inexistante, encourage de façon inédite la «demande spéculative» relative aux terrains constructibles et à l’immobilier. Et sitôt qu’arrive la prochaine accélération des prix, c’est à nouveau en leur faveur!

Le gouvernement doit désormais se décider sur ce qui est le plus important. Les profits d’une minorité ou bien des logements abordables de bonne qualité dans l‘intérêt du reste de la population. Il n’y a pas d’autre alternative. Pas un seul gouvernement à ce jour n’a essayé sérieusement d’en finir avec la spéculation sur le sol ou du moins de la limiter. Cette passivité politique a des conséquences sociales fatales. Elle ronge le pouvoir d’achat réel de la population. Une part de plus en plus importante de la population se rapproche du seuil de pauvreté. Et, dans certaines parties du pays ou dans certains quartiers, elle détruit à vue d’œil une saine mixité sociale.

Indépendamment du fait qu’il soit nécessaire de mettre la barre beaucoup plus haute que ce n’est le cas aujourd’hui en matière de promotion de logements sociaux et qu’à cette fin, de l’argent public supplémentaire doive être mise à disposition, des mesures d’envergure doivent être entreprises contre la spéculation sur le sol et l’immobilier.

Pour lutter contre la spéculation, il y a sur le fond deux types de mesure possibles. Soit son interdiction, soit la rendre plus chère. Les deux doivent être prises en considération.

Pas un seul gouvernement à ce jour n’a essayé
sérieusement d’en finir avec la spéculation sur le sol
ou du moins de la limiter.

Afin de dissiper tout malentendu: Les mesures revendiquées par l’OGBL pour lutter contre la spéculation ne sont pas orientées contre les ménages qui posséderaient leur propre logement ou une parcelle de terrain constructible. Et pas non plus contre les ménages qui posséderaient un deuxième ou encore un troisième logement. Il est question des propriétés multiples et leurs divers revenus qui doivent être imposés de façon progressive, c’est-à-dire toujours plus en fonction de leur quantité et ce jusqu’au point où les affaires spéculatives deviennent totalement inintéressantes. Et l’État doit établir l’équité fiscale dans l‘immobilier. Les instruments de placement faussant le marché doivent être abolies, comme par exemple les fonds d’investissement FIS SICAV, d’énormes machines à sous pour de riches promoteurs, propriétaires de terrains constructibles et d’immobiliers, qui ne se trouvent pas seulement être à la pointe de la spéculation sur les terrains et l’immobilier au Luxembourg, mais autorisent aussi des exemptions d’impôts scandaleuses. Les pertes massives de recettes fiscales qu’ils causent à l’État doivent être stoppées et les recettes supplémentaires que l’on peut en attendre doivent être consacrées à la construction de logements sociaux.

L’OGBL ne cédera pas sur la question du logement. Jusqu’à ce que l’état d’urgence soit levé.

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