26 septembre 2014

Editorial

Favoriser la reprise au lieu d’accabler encore plus les salariés!

redingAu printemps de cette année, l’OCDE et les institutions européennes, entre autres, laissaient entendre que les principaux paramètres économiques s’amélioraient. De nombreux syndicalistes ainsi que quelques économistes avaient mis en garde face à un optimisme exagéré. Non pas, en premier lieu, en raison des conséquences économiques que pourraient avoir les conflits armés au Proche Orient et en Ukraine, mais avant tout parce qu’il n’y avait pas le moindre indice laissant penser que l’UE allait changer sa politique économique et financière. La politique de l’UE est orientée exclusivement vers l’exportation et met la pression sur les rémunérations pour des raisons de compétitivité. Cependant, il est un fait que le commerce mondial ne se développe pas comme beaucoup l’ont espéré. Cette pression sur les salaires est encore renforcée au sein de l’UE par une politique générale d’économies et d’austérité. Tout ceci a pour résultat une stagnation, voire une baisse réelle des revenus pour de nombreux salariés et pensionnés, entraînant à nouveau des répercussions négatives sur la demande intérieure, la consommation et les investissements des ménages. Quant à elle, l’orthodoxie budgétaire moderne avec sa sacro-sainte limitation de dettes fait en sorte, que pour des raisons idéologiques, même dans des pays présentant un budget équilibré comme l’Allemagne, des investissements pour l’avenir ne seront pas faits. Ainsi, il y a un risque de récession et de déflation au lieu d’une reprise économique. Le chômage restera important. Les réductions de dépenses au niveau de la Sécurité sociale et les mesures de politique fiscale défavorables aux salariés et aux pensionnés, quant à elles, vont continuer à creuser les inégalités et les injustices sociales.
Cette évolution menace également le Luxembourg, en fonction des mesures fiscales et budgétaires que prendra le gouvernement. L’OGBL regrette qu’à ce jour il n’y ait pas eu de discussion approfondie sur le budget en préparation, mais uniquement des discussions ponctuelles.

La limite du supportable est atteinte depuis un bon moment pour de nombreux salariés et pensionnés!

Nombreux sont ceux, même au Luxembourg, qui n’ont pas été épargnés par la crise économique et financière et qui ont été victimes du travail à temps partiel, de restructurations, de licenciements économiques et de faillites. Ils ont souvent été obligés d’accepter des baisses de salaires. S’y ajoutent les conséquences sur les salaires et les retraites des manipulations de l’index, les coupes au niveau des prestations sociales (participation propre auprès de la Caisse de Santé, réduction de fait des indemnités en matière de congé parental et d’allocations familiales, abolition des allocations familiales pour les enfants âgés de plus de 18 ans et réduction des aides aux étudiants), l’augmentation de la charge fiscale pour les bas et moyens revenus en raison de la non adaptation des barèmes fiscaux à l’inflation, l’impôt de crise, l’augmentation de l’impôt de solidarité, la diminution des frais de déplacement, le «vol des rentes» en ce qui concerne l’ajustement.
La hausse de la TVA va également toucher en premier lieu le consommateur. Les discussions sur l’indexation des salaires ont eu pour résultat que le mécanisme de l’index fonctionnera de nouveau normalement en 2015. Ceci est une mesure positive et elle empêchera que la hausse de la TVA ne conduise à des pertes de pouvoir d’achat durables et lourdes de conséquences.

Sur la mauvaise voie!

Peu de temps après ces discussions, il s’est avéré que le gouvernement avait l’intention d’instaurer une contribution de 0,5%, afin de financer des prestations en faveur de l’enfance et de la jeunesse. Une telle contribution généralisée n’est pas socialement sélective, bien au contraire. Fondamentalement, l’OGBL pense que les coûts d’infrastructures, de fonctionnement et de personnel dans le domaine de l’encadrement des enfants et des jeunes ne sont pas à financer par une contribution, mais plutôt par le budget général de l‘État.

S’il s’agit de financer des prestations familiales existantes ou supplémentaires de la Caisse nationale des prestations familiales par le biais d’une contribution, cela ne signifie rien d’autre que l’introduction d’une nouvelle contribution sociale, supportée uniquement par les familles. Ces prestations familiales (allocations familiales, allocations de rentrée scolaire, allocations d’éducation, allocations de naissance et de grossesse, bonus enfant, indemnisation en cas de congé parental) sont aujourd’hui financées à moitié par des contributions et à moitié par le budget de l’État. Jusqu’en 1994, ces contributions étaient payées par les entreprises. Par la suite, elles ont également été financées par l’État. Si le gouvernement veut financer des prestations par l’intermédiaire d’une contribution sociale, même en nature, cela doit être compatible avec les réglementations européennes en matière de sécurité sociale. Une tentative de faire payer les frontaliers, sans qu’ils ne puissent profiter de ces prestations, mènera à un nouveau fiasco européen, comme pour les allocations familiales et les bourses d’études.
L’OGBL a transmis toutes ces interrogations et réticences au gouvernement et a en outre mis l’accent sur le fait qu’une telle contribution représenterait une charge supplémentaire sur les revenus réels des salariés et des pensionnés. L’OGBL ne peut pas y consentir.

Jean-Claude Reding

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