Prise de position du département des Immigrés de l’OGBL sur la pétition n°4004

L’apprentissage du luxembourgeois doit être encouragé, mais ne doit pas devenir une condition d’accès à l’emploi

Le département des Immigrés de l’OGBL tient à prendre position concernant la pétition n°4004 déposée à la Chambre des Députés, qui demande l’obligation d’apprendre le luxembourgeois pour les personnes vivant ou travaillant durablement au Luxembourg.

L’OGBL réaffirme son engagement en faveur de l’intégration, mais rappelle que celle-ci ne peut pas se faire dans n’importe quelles conditions. Ainsi, l’intégration ne peut pas reposer sur la contrainte. Et rendre l’apprentissage du luxembourgeois obligatoire dans le monde du travail constituerait une mesure d’exclusion sociale et professionnelle, en particulier pour les travailleurs et travailleuses issus de l’immigration et pour les frontaliers.

Le Luxembourg est une société profondément multilingue, et son économie fonctionne de fait sur cette réalité. Dans de nombreux secteurs, les langues de travail sont aujourd’hui le français, l’allemand ou l’anglais. Imposer une obligation linguistique supplémentaire, sans garantir les conditions nécessaires d’accès à la formation, reviendrait à fragiliser de nombreux salariés et à aggraver les tensions sur le marché du travail.

Des droits existants mais encore insuffisamment appliqués

Le droit du travail prévoit pourtant des dispositifs importants tels que le congé de formation et le congé linguistique. Le congé de formation peut aller jusqu’à 80 jours sur l’ensemble de la carrière et permet également l’apprentissage des langues, avec une prise en charge partielle du salaire par l’État.

Cependant, dans la pratique, ces droits restent encore trop peu accessibles. De nombreux salariés ne peuvent pas en bénéficier en raison de contraintes organisationnelles, du manque de remplacement ou du refus de certains employeurs de libérer du temps pour la formation pendant les heures de travail.

À ces difficultés s’ajoute une autre réalité qu’il ne faut pas négliger : après une journée de travail, souvent éprouvante, il est particulièrement difficile pour de nombreux salariés de la prolonger par plusieurs heures de cours de langue. Par ailleurs, chacun n’apprend pas au même rythme. L’âge, le parcours scolaire, les acquis antérieurs ainsi que les capacités et rythmes individuels peuvent influencer les conditions et le temps nécessaires à l’apprentissage d’une langue. Les autorités publiques doivent tenir compte de la diversité de ces situations et garantir des modalités d’apprentissage adaptées, afin que l’exigence linguistique ne devienne pas un obstacle disproportionné à l’accès à l’emploi ou au maintien dans celui-ci.

Pour l’OGBL, il est inacceptable que des droits existants ne soient pas réellement garantis dans les faits.

Former et accompagner sur base de volontariat plutôt qu’imposer

L’OGBL défend une position claire : l’apprentissage du luxembourgeois doit être encouragé et facilité, mais ne devrait jamais être imposé comme condition d’accès ou de maintien dans l’emploi.

Cela implique :

  • un accès réel à la formation pendant le temps de travail ;
  • une meilleure information des salariés quant à leurs droits ;
  • le renforcement des dispositifs existants.

L’OGBL tient à rappeler dans ce contexte que le congé de formation — dont le congé linguistique — est prévu par le Code du travail luxembourgeois, notamment par les articles L.234-69 et suivants (congé individuel de formation); qu’il est d’une durée maximum de 80 jours sur toute la carrière professionnelle, en sachant que la limite indicative est d’environ 12 jours par période de 2 ans ; que les salariés qui peuvent en bénéficier doivent être liés par un contrat de travail au Luxembourg, avoir une ancienneté minimale (souvent 1 an), et suivre une formation reconnue (professionnelle, linguistique, etc.). A noter également que le salarié conserve son salaire pendant le congé linguistique et que l’’employeur est partiellement remboursé par l’État. La demande doit quant à elle être émise par l’employeur. Enfin, l’employeur peut refuser uniquement pour des raisons organisationnelles sérieuses — ce refus doit être justifié.

La cohésion sociale ne se construit pas par des obligations, mais par l’égalité des droits, la reconnaissance des travailleuses et des travailleurs et la valorisation du multilinguisme.

L’OGBL refuse toute logique qui diviserait les salariés entre ceux qui maîtrisent la langue et les autres. Une telle approche serait socialement injuste et dangereuse.

Le département des Immigrés de l’OGBL revendique une politique linguistique basée sur les droits, les moyens et les conditions réelles de formation, et non sur des obligations déconnectées de la réalité du terrain.

Le renforcement effectif du congé de formation et du congé linguistique, ainsi qu’un accès réel à la formation pendant les heures de travail, sont indispensables pour garantir une intégration juste et effective, mais sur la base du volontariat.

 

Communiqué par le département des Immigrés de l’OGBL avec le soutien des sections des Frontaliers français,
le 19 octobre 2026