• Home
  •  | 
  • Sur la digitalisation de la société

Sur la digitalisation de la société

dudelange_27_04_2017_extrait10«En ce moment on parle beaucoup d’une transformation révolutionnaire de la technologie. Ce n’est pas la première fois que la façon de produire capitaliste est soumise à une transformation technologique qui a de profondes répercussions sur la capacité de production. Et de la même façon, comme ce fût le cas pour la vapeur et pour l’électricité, de même la dite révolution digitale ne marquera pas la fin du capitalisme et de ses moyens de production. Et ainsi, la mission des syndicats ne s’achève pas non plus. Mais une nouvelle ère débute.
Les nouvelles sciences et technologies présentent un gigantesque potentiel de changements, non seulement pour le monde économique et des entreprises, mais pour la société dans son ensemble. (…) La façon dont vont se développer ces transformations au sein de la société, dans le monde économique et des entreprises dépendra plus que jamais des mouvements sociaux et politiques et des rapports de forces au sein de la société. Et précisément à ce niveau, nous avons un rôle primordial à jouer en tant que mouvement syndical. (…)
Les intérêts du salariat ne se limitent ici aucunement au monde des entreprises, du travail et au domaine professionnel, mais ils sont profondément liés à tous les domaines de la société. La démocratie ne peut pas fonctionner lorsque l’être humain est livré sans défense à l’environnement numérique. La démocratie ne peut pas fonctionner dans un État de surveillance régit par le numérique. Et la démocratie ne peut pas non plus fonctionner si des données de plus en plus importantes, les dénommés Big Data, sont entre les mains de multinationales qui, comme Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, deviennent dangereux par la concentration de pouvoir économique, sociétal et politique qu’ils détiennent. (…)
Dans la discussion actuelle sur la digitalisation du monde économique et des entreprises (…) quelques questions cruciales se posent. Si l’industrie 4.0 doit devenir une chance et une opportunité pour le salariat, ces questions cruciales doivent être résolues positivement. (…) Pour le mouvement syndical, il ne peut y avoir qu’un seul but: l’industrie 4.0 doit apporter à tout le monde un bon travail et une meilleure vie. (…) Cette chance ne peut cependant être réalisée, que si un droit du travail moderne et des conventions collectives performantes garantissent l’organisation et le temps de travail, limitent la concentration et l’intensification du travail ainsi que la monotonie au travail, empêchent l’avènement du  travailleur à la chaîne digitale. Ce problème est déjà en train de prendre de l’essor dans le monde industriel luxembourgeois.
Une deuxième question cruciale est la suivante: y aura-t-il plus ou moins de travail pour l’Homme? N’y aura-t-il plus assez de travail pour tous? Une question pertinente lorsqu’on considère le chômage de masse en Europe. Si l’industrie 4.0 doit devenir une chance, il ne peut y avoir qu’une seule réponse relevant du progrès social: il s’agit de la réduction du temps de travail. (…). Mais ne soyons pas dupes. Rien ne se fera tout seul et un syndicat fort y sera nécessaire. (…)
Et lorsque nous disons aujourd’hui que les nouvelles transformations technologiques vont apporter d’importants changements au niveau des qualifications professionnelles et qu’elles les apportent déjà, lorsque nous disons que des professions entières dans presque tous les secteurs économiques de la société changent complètement, disparaissent ou sont remplacées par d’autres, lorsque nous disons que le salarié doit en permanence développer et adapter ses qualifications professionnelles, et lorsque nous disons que des emplois seront détruits et qu’ils ne pourront probablement pas être compensés complètement, alors ces évolutions ne seront maitrisables que d’une manière socialement progressiste, que si la politique intervient massivement dans le processus de production et de reproduction capitaliste.
(…) Le droit à une bonne perspective sociale et professionnelle pour chacun doit à présent devenir le coeur de l’action politique. Un droit du travail national et européen progressiste et moderne doit avant tout protéger des contrats de travail de qualité. Le contrat à durée indéterminée doit demeurer la règle et les faux-indépendants doivent être éradiqués et empêchés. Les travailleurs journaliers digitaux à la UBER ne doivent pas devenir l’avenir.»

Les commentaires sont fermés.