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Le cap à suivre pour sortir de la crise

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Les commentaires publiés par les quotidiens de tous bords offrent des conclusions étonnamment similaires: Tous s’accordent à dire que le modèle social luxembourgeois nous a permis de rester à flot jusqu’ici, malgré la crise. Même les partisans du néolibéralisme reconnaissent que les mesures et interventions de l’État dans l’économie, l’accroissement de la dette publique et l‘extension massive du recours au au chômage partiel représentent des instruments efficaces qui ont fait leurs preuves pour gérer les crises. Dans ce contexte, l’adaptation récente du salaire social minimum à l’évolution générale des salaires est un pas le bon signal.

Cependant, un autre aspect incontournable du modèle social luxembourgeois est bien souvent passé sous silence dans les commentaires et, par conséquent, peu présent à l’esprit de la population en général: Il s’agit du droit de cogestion en entreprise et de notre système de conventions collectives.

Et pourtant, nous pouvons affirmer aujourd’hui que, si l’industrie au Luxembourg a pu continuer à fonctionner dans l’ensemble malgré les circonstances exceptionnelles, et ce dès le premier confinement au printemps dernier, c’est en grande partie grâce au travail accompli par les délégations du personnel dans les entreprises. Le travail et l’engagement des délégués sur le terrain n’apparaissent peut-être pas sur le radar de la population, mais ils représentent néanmoins l’huile dans les rouages qui a permis et permet toujours au système de continuer à fonctionner.

Retour en arrière:
Avril 2020: L’incertitude est omniprésente. La panique commence à se répandre. Les crèches sont fermées. Un concept sanitaire? Absent. Les « gestes barrières », aujourd’hui largement connus et respectés, venaient d’être introduits quelques jours auparavant.
Chers et chères collègues, ce sont les délégations, avec le soutien de l’OGBL, qui ont fait en sorte que la sécurité des travailleurs soit assurée dans les entreprises. S’ils n’avaient pas joué le rôle d’intermédiaire entre les délégations du personnel et les employés, ni exercé de pression sur les employeurs, les mesures sanitaires auraient été introduites trop tard et seulement en partie. Les délégués du personnel ont, tour à tour, joué le rôle de source d’inspiration et d’outil de contrôle, de personne de confiance et d’interlocuteur permanent. Ils étaient présents dans les entreprises pour leurs collègues et ont participé activement à l’élaboration et la mise en œuvre des solutions aujourd’hui louées de toutes parts.

Malheureusement, l’importance de la cogestion en entreprise commence déjà à retomber dans l’oubli.

Bien trop de délégations doivent se battre pour faire valoir leurs droits. Si nous voulons montrer que nous avons tiré les bonnes leçons de la crise, nous devons renforcer les délégations du personnel au lieu de les affaiblir. Nous devons gagner plus de droits actifs, qui vont au-delà du simple droit d’information et de consultation prévu par la loi. En effet, pour les syndicats, cela ne fait aucun doute: sans équilibre des forces, pas d’avancées sociales durables. Les délégations du personnel organisées au niveau syndical ne sont pas de simples assistants de gestion, ce sont les personnes qui, grâce à leur travail syndical quotidien, pèsent de tout leur poids pour rééquilibrer le rapport des forces dans les entreprises.

Un deuxième instrument, jugé à tort comme peu important dans la conscience collective, nous a également aidé à traverser la crise: nos conventions collectives.

Les conventions collectives sont l’incarnation la plus tangible de l’action des syndicats au sein des entreprises. Elles exercent une influence directe sur les salaires et les conditions de travail de la moitié des salariés au Luxembourg.
Les employeurs accordent peu d’importance à la paix sociale et la considèrent comme acquise.
La crise liée au coronavirus a pourtant mis en lumière le rôle essentiel (de protection) des conventions collectives, en particulier en ce qui concerne la couverture sociale et la garantie d’évolution professionnelle des employés.

Une bonne convention collective est incontournable pour un bon travail. Elle représente la protection la plus efficace contre l’agrandissement du fossé social et un outil incontournable pour garantir la cohésion sociale ainsi que l’égalité et la justice sociale. Elles sont le garant de la paix sociale et du progrès social ainsi qu’un obstacle au nivellement par le bas des salaires.

Ce rôle protecteur des conventions collectives est particulièrement visible dans le contexte de la crise actuelle: Les avancées sociales et avantages remportés de haute lutte, telles qu’un 13e mois et des congés supplémentaires, ne peuvent pas être remis en cause pour un oui ou pour un non par les employeurs, même si c’est bien évidemment un des objectifs permanents du patronat.

Les conventions collectives offrent une sécurité et permettent de prévoir à long terme, même en pleine crise, mais elles sont loin d’être intouchables: Il faut se battre pour les obtenir et pour les défendre! Les différents échelons de l’organisation syndicale au sein des entreprises et leur capacité à mener une campagne représentent la pierre angulaire de la défense et de l’élargissement des conventions collectives dans l’industrie.

C’est justement en pleine crise que ce combat prend tout son sens: Il nous faut plus de conventions collectives et il faut améliorer celles que nous avons pour mieux gérer les crises. Ce n’est pas le moment de nous arrêter, et encore moins de faire un pas en arrière.
Ce sont les leçons que nous devons tirer de la Pandémie: participation dans les entreprises, solidarité entre travailleurs, de solides conventions collectives et, pour atteindre tous ces buts, il faut renforcer l’OGBL.

Ces mesures sont aussi simples et efficaces que le port du masque et le respect des distances, mais elles devront très certainement rester bien plus longtemps en vigueur.

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