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Introduction

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Mi-mars, le Luxembourg se retrouve soudainement, presque du jour au lendemain, en quarantaine. Des milliers de salariés ont été mis au chômage partiel, et des milliers d‘autres ont dû travailler à partir de leur domicile. Les cours scolaires n‘étaient dispensés qu‘à distance et les parents qui devaient aider leurs enfants avec l‘«enseignement à domicile» pouvaient prendre à court terme un congé pour raisons familiales extraordinaire et élargi. Encore d’autres salariés, dans les secteurs dont dépend le fonctionnement continu de l‘ensemble de la société et du reste de l‘économie, ont dû continuer à travailler sur leur lieu de travail, parfois plus longtemps et plus durement qu‘en temps normal, s‘exposant quotidiennement au risque d‘être eux-mêmes infectés.

Dans l‘ensemble, l‘objectif principal du gouvernement, à savoir celui de contenir le coronavirus, semble avoir été atteint.

Le nombre de cas de maladies graves et de décès est resté relativement limité et la surcharge du système de santé a pu être évitée. Le rythme choisi pour l‘assouplissement progressif des restrictions et des limitations de contact ont pris en compte ces objectifs. Il pouvait même être mis en œuvre un peu plus rapidement qu’initialement prévu. L‘OGBL a globalement soutenu cette façon de procéder et les grandes lignes de sa mise en œuvre.

Toutefois, la maîtrise définitive de la crise du coronavirus reste soumise à de nombreuses incertitudes. Du point de vue de la protection de la santé, elle reste tributaire du moment à partir duquel un vaccin sera disponible. D‘ici là, de nouvelles vagues d‘infection ne peuvent jamais être totalement exclues et le respect de certaines règles de base (garder ses distances, porter un masque) devra probablement être encore observé pendant des mois.
Cependant, outre l‘action du gouvernement en matière de politique de santé, la gestion économique et sociopolitique de la crise prend une place de plus en plus importante dans les discussions. Les premiers champs de conflit entre  des intérêts divergents apparaissent et prennent de l’ampleur.

La crise du Covid-19 a mis l‘économie luxembourgeoise à forte épreuve, et les conséquences à moyen et long terme ne peuvent être évaluées à ce stade.

Dans ce contexte, il est particulièrement important pour l‘OGBL de s‘assurer que la crise économique qui s‘est développée à partir de la crise sanitaire ne se transforme pas en une crise sociale. Il n’est donc pas seulement nécessaire d‘aider les entreprises à faire face à leurs besoins de liquidités, mais aussi de soutenir les personnes, les salariés, les retraités et leurs familles afin d‘éviter des pertes de revenus ou d‘emplois et de préserver et maintenir leur qualité de vie.

Pour l‘OGBL, les questions suivantes sont essentielles : Comment limiter et réduire l‘ampleur et la durée de la récession économique ? Comment prévenir et combattre le chômage et les fermetures d‘entreprise, la détérioration des conditions de vie sociales et l’augmentation continue des inégalités sociales au sein de la société ? Comment peut-on exclure que d‘autres priorités sociales telles que la politique de protection du climat ou la crise du logement ne soient reléguées à l’arrière-plan ?

Il serait totalement erroné de revenir maintenant à une politique d‘austérité

C‘est précisément cette politique qui, après la crise financière de 2008/2009 en Europe, a accentué plutôt qu‘atténué l‘évolution de la crise économique et sociale. Ni en Europe, ni au Luxembourg, il ne doit y avoir un retour à l‘austérité. Celle-ci n’a non seulement fait peser une charge sur les classes à revenus faibles et moyens en particulier et a creusé le fossé entre riches et pauvres, mais elle a également considérablement affaibli l‘État social et fortement limité les possibilités d‘interventions financières des États.

Les conséquences de cette politique erronée ont été – outre l‘augmentation des inégalités sociales et la stagnation économique qui a duré des années – le nouvel essor des mouvements et des partis nationalistes-identitaires et la propagation des crises politiques dans l‘Union européenne, qui ont conduit, entre autres, au Brexit.

L‘une des principales leçons à tirer de la crise financière de 2008 et, à présent déjà de la crise du Coronavirus est la suivante : un État social intact et fonctionnel et, en même temps, un État financièrement solide sont des conditions indispensables. Leur importance en tant que stabilisateurs économiques et sociaux a été démontrée une fois de plus jusqu’au moment actuel de la crise et ils doivent être en mesure de jouer pleinement ce rôle durant la suite de la crise.

En ce qui concerne le Luxembourg, cela signifie qu‘en aucun cas la politique d‘austérité de 2011-2013 ne doit être répétée, ni la politique d‘austérité 2014-2016 (« Zukunftspak ») reprise.

Les attaques contre les salaires et les prestations sociales ou l‘augmentation de la charge fiscale pour les petits et moyens revenus ont été et sont toujours la mauvaise voie.
L‘OGBL appelle donc le gouvernement luxembourgeois à donner la priorité, dans la sortie de la crise, à une politique axée sur la demande pour renforcer et stimuler le marché intérieur.

Pour une politique de relance économique: renforcer dès maintenant le pouvoir d‘achat et promouvoir l‘investissement public

Ce qu‘il faut maintenant, c‘est une politique de relance économique visant à garantir et même à renforcer le pouvoir d‘achat des salariés, des retraités et de leurs familles.
Les fermetures d’entreprises et la perte d‘emplois dans les secteurs de l‘économie particulièrement touchés par la crise du Coronavirus et orientés vers le marché intérieur – commerce, artisanat et construction, restauration, agriculture, certaines parties de l‘industrie alimentaire et de nombreuses entreprises fournisseurs de services – peuvent être évitées en particulier par cette voie.

Parallèlement, le gouvernement doit continuer à maintenir et à renforcer la politique d’investissements publics. Il est notamment nécessaire d‘accroître les investissements dans les transports publics, la santé et les soins, l‘éducation et la formation, la recherche et le développement, les services publics, le logement social et la mise en œuvre générale de la politique en matière de protection climatique. Dans ce contexte, les objectifs du Plan national intégré pour l‘énergie et le climat (PNEC) ne doivent pas être perdus de vue.
Toute autre politique conduirait à une récession économique prolongée ou à une dépression encore plus grave.

Dans ce contexte, il convient de souligner le rôle stabilisateur joué tout au long de la crise par les services publics et non marchands, la sécurité sociale, les prestations sociales de l‘État et le droit du travail (notamment le recours massif au chômage partiel, au congé pour raisons familiales, aux allocations de chômage, etc.), grâce auxquels jusqu’à ce jour une crise sociale a pu être évitée et la paix sociale maintenue.

Pour une société du progrès social et démocratique, il n‘y a pas d‘alternative à un État social fort

Il apparaît déjà maintenant à travers le monde entier que ce modèle est également la force motrice pour gérer au mieux la crise. La politique et l‘idéologie néo-classiques ou néolibérales qui, pendant des années, ont visé à démanteler ce système, à réduire ses prestations, à privatiser ou externaliser les services publics d‘intérêt général, à encourager le dumping fiscal et à mettre en œuvre une redistribution sociale au profit des classes supérieures riches, ne sont certainement plus une perspective pour une société démocratique moderne.

L‘État social et ses facteurs de stabilisation doivent être renforcés et toute une série de décisions prises dans le passé dans le sens contraire doivent être inversées.

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