25/04/2013 – L’urgence industrielle

C’était sur invitation des syndicats de l’industrie de l’OGBL et de la FNCTTFEL (Landesverband) que le professeur d’Economie à l’Université de Lyon, ancien conseiller scientifique du Commissariat général du Plan, auteur de livres dont le dernier «L’urgence industrielle», Gabriel Colletis, a tenu le 24 avril 2013 une conférence très suivie à la Maison du Peuple à Esch-sur-Alzette. Cette conférence a eu lieu au moment où, au Luxembourg aussi les questions relatives à l’industrie et à la politique industrielle connaissent un «retour en grâce» au moins dans le discours. Il y aurait pourtant urgence à réagir, insiste le professeur, étant donné que de nombreux pays européens connaissent aujourd’hui un véritable déclin industriel.
Après ce constat, le professeur n’a pas manqué d’exposer ses points de vue et ses visions sur le sujet. Une des causes à l’origine du déclin serait la faible croissance économique alimentée par les politiques de rigueur, puis l’extraversion des grands groupes, mais aussi leur financiarisation qui a aujourd’hui comme but de satisfaire à court terme les intérêts financiers des actionnaires au détriment entre autres des investissements des entreprises et des salaires. La longue érosion de l’industrie peut donc être expliquée entre autre par la financiarisation des grands groupes dont le destin ne coïncide plus avec celui de l’économie européenne. Et finalement, le professeur détecte une importante cause dans une conception dépassée du travail – plus particulièrement le mépris du travail et des compétences – inscrite dans une représentation de la compétitivité limitée aux seuls coûts et prix.
Mais, selon Gabriel Colletis, aucun pays ne peut se développer ou même rester un pays avancé sans base productive. Les pertes d’emplois et la disparition de pans entiers de l’industrie ne concernent pas seulement certains secteurs ou bassins, elles ont des effets dévastateurs sur l’économie dans son ensemble.
Pour Gabriel Colletis, il est urgent de s’engager sur les voies d’un véritable renouveau industriel, de changer radicalement de perspective. Et si pour lui la croissance économique est toujours indispensable pour toutes les économies, elle devrait pourtant s’inscrire dans une logique de transition écologique. Or, si une croissance soutenue est un facteur tout à fait favorable au développement industriel, il serait illusoire de croire qu’on pourrait continuer à croître et à se développer en se passant de l’industrie. Il faut donc redynamiser l’industrie pour redynamiser la croissance économique.
Mais la redynamisation de la croissance et de l’industrie implique aussi de «redonner du temps au temps», il faut être capable de sortir «du temps court» de la finance et de la rentabilité à court terme pour entrer dans le «temps long» de la recherche et du développement. Il est d’autant plus urgent de réagir que ceci ne peut se faire du jour au lendemain.
Bref, le renouveau devrait conduire à l’élaboration d’un nouveau projet avec un enjeu central: développer des productions socialement utiles tout en préservant la nature. Changer de paradigme, renouer les liens entre industrie, travail et démocratie constituent un long processus, mais aussi une tâche urgente, telle fut la conclusion du professeur à la fin de cet intéressant exposé qui devrait donner non seulement matière à réflexion aux syndicalistes, mais à tous les acteurs du secteur industriel.

 

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