15 mars 2018

Mise au point

«Le gouvernement doit trouver le courage de faire quelque chose pour les classes sociales les plus fragiles.»

Le gouvernement doit arrêter d’essayer de gagner du temps jusqu’aux prochaines élections et enfin montrer un peu de courage politique en faveur des classes sociales les plus fragiles.
Tour d’horizon des principales priorités de l’OGBL dans les prochains mois avec son président, André Roeltgen.

Il semblerait que le gouvernement ait actuellement un peu de mal à entendre les appels répétés que formule l’OGBL depuis un certain temps visant à mettre davantage d’accents sociaux dans la politique menée et qu’il soit déjà focalisé sur la date des prochaines élections qui auront lieu en octobre!

A.R. – «Il est évident qu’au regard de l’excellente situation économique mais aussi et avant tout de l’excellente situation financière que présente le pays, le gouvernement est appelé à poser encore des accents sociaux avant la fin de son mandat. Les élections n’auront lieu qu’en octobre et jusque là, le gouvernement a encore beaucoup de travail à fournir. Il faut peut-être aussi lui rappeler qu’il a été élu pour cinq ans et non pour quatre. Et il est vrai qu’on a un peu l’impression en ce moment que l’action commune du gouvernement est de plus en plus bloquée par les stratégies électorales des partis politiques qui le composent. C’est très regrettable.»

Pourtant, les dossiers ne manquent pas!

A.R. – «Bien au contraire, à commencer par la discussion autour du salaire, social minimum où le gouvernement a perdu énormément de temps jusqu’à présent et où il a malheureusement aussi tout fait pour cela. Notre revendication date de 2015 et l’avis du Conseil économique et social (CES) sur cette question est également sur la table depuis un moment. Les arguments ont clairement été échangés. Il est donc hautement regrettable que le gouvernement tente tout simplement d’éviter cette discussion. Et l’argument selon lequel cette mesure ne figurait pas dans le programme de coalition est une plaisanterie. Le socle européen des droits sociaux n’y figurait pas non plus, cela n’a pas empêché le Premier ministre de le ratifier. Il n’y aucune raison de ne rien faire. Un projet de loi doit être déposé encore rapidement. Le gouvernement doit trouver le courage de faire quelque chose pour les classes sociales qui sont les plus fragiles.»

Et ce courage ne doit bien-sûr pas se limiter qu’à la question du seul salaire social minimum…

A.R. – «Non, évidemment pas! Cela vaut pour toute la discussion que nous avons ouverte dans le cadre de notre campagne «Plus de pouvoir d’achat maintenant!». Cela concerne les pensionnés par exemple, qui ont subi des pertes au cours des dernières années en raison d’ajustements qui n’ont pas été réalisés. Cela concerne aussi l’ensemble des bas et moyens revenus, dont les améliorations dues à la réforme fiscale de 2016 continueront à être réduites si le barème fiscal n’est pas adapté à l’inflation. Cela concerne aussi les bénéficiaires de l’allocation de vie chère qui ont subi des pertes substantielles depuis 2009.»

Le gouvernement ne s’était-il pas également engagé envers les syndicats à introduire un mécanisme d’adaptation automatique des prestations familiales à l’évolution des salaires et du coût de la vie?

A.R. – «Le gouvernement s’y est en effet engagé le 28 novembre 2014. Cela fait donc plus de trois ans qu’on attend la mesure qui nous a été promise. Nous estimons qu’il s’agit là d’un manquement à la parole donnée. C’est même pire, on peut parler ici d’une rupture de contrat. C’est inacceptable de la part de l’ensemble du gouvernement. C’est un coup porté aux syndicats et au salariat. Et d’ailleurs, ce gouvernement qui se vante tant de sa politique en matière de prestations sociales devrait peut-être faire ses comptes. Nous avons commencé à les faire. Et nous constatons que l’évolution des prestations sociales au Luxembourg au cours des dernières années est à la traîne, surtout pour les classes sociales disposant de peu de revenus.»

Il y a également encore d’autres dossiers importants qui ne touchent pas directement au pouvoir d’achat!

A.R. – «S’il y a un dossier dans ce contexte qui doit absolument avancer, c’est assurément le projet de loi sur les comptes épargne-temps. Il s’agit là d’un dispositif qui donnerait la possibilité aux gens de se constituer un compte emmagasinant leurs heures supplémentaires et qu’ils pourraient ensuite utiliser à leur guise. Ce serait une pierre supplémentaire posée dans cette importante discussion autour d’une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle dont on parle beaucoup. Le moment est venu de faire ce pas. Un projet de loi similaire concernant la fonction publique est, lui, déjà finalisé. Il est clair pour nous que le gouvernement ne peut pas introduire ici une différence de traitements entre la fonction publique et le reste de l’économie luxembourgeoise. Les deux projets de loi doivent ainsi être soumis le même jour au vote de la Chambre des députés. Il serait scandaleux qu’il se passe uniquement quelque chose d’un côté et pas de l’autre. L’OGBL a fait des propositions très précises sur base de l’avis du CES et elles doivent désormais être transposées avec les mêmes garanties que l’on retrouve dans l’autre projet de loi. Il n’est pas possible qu’on assiste ici à un décalage entre ces deux projets.

Il y a en outre, la loi sur le reclassement professionnel qui doit être impérativement réformée encore avant la fin de la législature. Les discussions portant sur l’extension du seuil légal de 52 semaines de maladie doivent aussi enfin aboutir. Concernant la réforme de l’assurance dépendance, nous avons dit dès le départ, que nous n’accepterons pas de dégradation des prestations. Si dans quelques semaines, l’évaluation que nous a promise le ministre devait démontrer que c’est le cas, nous exigerons que le texte de loi soit revu, également encore avant la fin de la législature. Et enfin, concernant la réforme de la loi sur la protection des données, nous avons déjà dit à plusieurs reprises que nous ne tolérerons pas qu’elle soit affaiblie et que les salariés soient davantage exposés à la surveillance sur leur lieu de travail. Là aussi, le gouvernement doit sauvegarder les intérêts des salariés.»

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