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Enjeux et défis de l’industrie luxembourgeoise et européenne

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La crise sanitaire liée au Covid-19 a d’ores et déjà créé une crise économique pouvant potentiellement dépasser celle de 2008. Néanmoins, il est difficile d’estimer aujourd’hui ses conséquences sur le tissu industriel luxembourgeois et européen. Malheureusement, quelques certitudes s’en dégagent déjà: elle aura un effet d’accélérateur sur des prises de décision relatives aux transformations numériques et à l’automatisation des postes de travail. Ces changements auront un effet concret sur les effectifs des entreprises concernées. À cela s’ajoutent de nombreux plans d’économies et d’autres restructurations lancées par les entreprises en période de crise pour rassurer les actionnaires en quête de dividendes.

Les postes administratifs et d’encadrement, qui jusqu’ici était le plus souvent épargnés, semblent en être la cible principale. Les salariés de production ont, quant à eux, déjà subi et ils continuent à subir de nombreux plans d’automatisation et de rationalisation. Pour ces derniers, les effectifs sont le plus souvent déjà au minimum et cela pose d’autres problèmes au niveau de la sécurité et de la santé.

Dans ce contexte difficile et incertain, l’OGBL demande aux gouvernements européens et aux entreprises de mettre en place une politique industrielle tournée vers l’avenir pour que le Luxembourg et l’Europe restent des pays industriels. Ceci afin de sauvegarder les emplois et en créer de nouveaux. C’est pourquoi l’OGBL et les syndicats européens partageant les mêmes valeurs exigent un changement radical et coordonné de la politique industrielle au niveau national et européenne.

L’industrie est essentielle et stratégique

La crise sanitaire a mise à nu la fragilité et la dépendance de nos pays à l’égard des producteurs de biens essentiels installés en dehors de l’Union Européenne (UE). Rappelons ici les problèmes et les pénuries survenus en début d’année pour les équipements de sécurité, les denrées alimentaires, les produits pharmaceutiques ou encore les produits intermédiaires nécessaires pour la réalisation de toutes sortes de biens et de marchandises. Pour toutes ces raisons, l’industrie européenne qui réalise ou transforme ces produits doit être considérée comme essentiel et stratégique.

Il paraît évident que ces entreprises ne doivent plus être cédées à des groupes dont les intérêts sont uniquement hors de l’UE. L’Europe perd le contrôle de sa propre production en laissant intégrer nos usines dans de grands groupes qui décident uniquement dans l’intérêt du capital et non d’un point de vue économique, industriel et encore moins social. L’OGBL sait que la seule poursuite de la rentabilité et la rétribution des actionnaires abouti le plus souvent aux délocalisation d’emplois, aux licenciements collectifs ou pire encore aux fermetures d’usines.

Il faut réindustrialiser l’Europe

En cas de fermetures, le tabou des nationalisations doit être levé, surtout si cela est dans l’intérêt des salariés et des citoyens des pays respectifs.

Autre possibilité, l’Europe doit exiger la cession des outils à de nouveaux repreneurs viables pour éviter ces disparitions d’usines. Les périmètres de production doivent être maintenus et améliorés afin de mieux répondre à la demande européenne et anticiper les situations de crise.

Il faut un maximum d’autonomie si nous ne voulons plus dépendre de pays lointains, surtout ceux aux aspirations nationalistes et protectionnistes.

Afin de garantir l’autonomie de notre économie, il faut absolument réindustrialiser l’Europe et relocaliser des capacités de production qui se veulent durables et interconnectées. Au-delà de garantir des emplois et d’en créer de nouveaux, cela réduira dramatiquement les circuits d‘approvisionnement et favorisera l’économie circulaire.

Les enjeux environnementaux, tels que la pollution, l‘effet de serre dû aux émission de CO2 et le changement climatique nous obligent à réagir immédiatement.

Nous ne pouvons pas attendre que d’autres le fassent pour nous, surtout là où les autorités sont moins regardantes et là où les entreprises n’ont pas besoin de faire preuve de responsabilité, privilégiant toujours le moindre coût.


La crise sanitaire a mise à nu la fragilité et la dépendance
de nos pays à l’égard des producteurs de biens
essentiels installés en dehors de l’Union Européenne


L’industrie de demain se construit aujourd’hui

La recherche et développement est incontournable pour la survie et la durabilité des outils de production. L’industrie au Luxembourg et en Europe peut et doit continuer à vivre et à grandir, mais cela devra passer par un engagement des entreprises à investir, et pas uniquement dans le maintien de l’outil. L’augmentation des financements nationaux et européens pour soutenir le développement et l’utilisation de technologies vertes sont autant de pistes à privilégier. L’objectif est d’augmenter et de répondre à la demande de nouveaux produits respectueux de l’environnement. Ce cercle vertueux peut soutenir la demande interne européenne pour les années, voire décennies, à venir.

Investir dans l’avenir, c’est également investir dans l’humain. En collaboration avec les représentants du personnel, les entreprises doivent accentuer l’investissement dans la formation et les compétences, y compris le perfectionnement et la requalification de la main-d’œuvre actuelle pour anticiper les changements technologiques. Une formation initiale (demandeurs d’emplois, apprentis, jeunes) et une formation continue (requalification, perfectionnement, poursuite de nouvelles perspectives) de qualité sont également des garants d’un avenir propice. Les employeurs ne cessent de se plaindre d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée récurrente, ici ils ont le moyen d’y remédier.

Malheureusement, nous avons parfois l’impression que les entreprises se désengagent de plus en plus de la recherche et développement, alors qu’elles perçoivent des subsides par les États. Ces initiatives doivent mener à la création d’entreprises européennes du futur. L’Europe doit rester une vitrine de l’innovation technologique et ses applications, en étant les premiers à en faire la production au lieu de la délocaliser ailleurs.

Les entreprises doivent rendre des comptes

Les aides publiques, qu’elles soient nationales ou européennes, doivent être conditionnées. Elles doivent servir à investir pour maintenir et créer de l’emploi au Luxembourg et en Europe. Aujourd’hui, nous avons parfois l’impression qu’elles ne servent qu’à maintenir les marges bénéficiaires des entreprises. Il faut exiger des entreprises qu’elles investissent d’abord dans de nouvelles installations et de nouveaux outils, et ensuite elles pourront obtenir des aides. Il va de soi que ces aides doivent être récupérables en partie ou intégralement si la société ne respecte pas ses engagements vis-à-vis de son personnel et des autorités.

Par ailleurs, toutes les entreprises doivent faire face à leurs responsabilités lorsque leurs activités menacent l’environnement et les droits humains tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Pour éviter les sanctions, les solutions sont simples: respecter les normes environnementales, mettre fin au travail précaire, garantir de bonnes conditions de travail et respecter tous les droits des travailleurs tout au long de la chaine d’approvisionnement. Des normes élevées en termes de santé et de sécurité pour tous les travailleurs sont essentiels, en particulier au regard de la pandémie de Covid-19.

Fin du dumping social et respect des normes environnementales

L’OGBL exige la fin du dumping social et le chantage à l’emploi qui en est en la conséquence. Il ne suffit pas d’exiger que ces normes soient respectées en Europe, elles doivent être respectées pour tout produit ou marchandise arrivant sur le marché européen. En parallèle, un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour des conditions de concurrence équitable entre les producteurs européens et leurs concurrents, qui soient conçues et mis en œuvre de manière à éviter que notre pollution soit elle aussi délocalisée au dépens des citoyens des pays qui sont exploités. Ce nivellement par le haut généralisé serait bénéfique pour tous, et nos collègues hors UE ne cessent de nous le demander.

Dans ce contexte, l’UE doit intégrer des normes de travail et environnementales fortes dans les accords commerciaux afin de créer des conditions de concurrence équitable et d’améliorer les normes d’emploi pour tous les travailleurs dans le monde entier. Un autre moyen de garantir un respect des normes sociales, même au-delà de nos frontières, est de veiller au respect d’un dialogue social tout au long de la chaîne de production.

Une transparence totale et l’implication des représentants du personnel dans tous les processus décisionnels, sous la surveillance étroite des autorités nationales avec un cadre juridique adapté sont dès lors une nécessité pour garantir le respect d’un « standard social ».

Pour toutes ces raisons, l’OGBL et les syndicats partageant les mêmes valeurs en Europe exigent une coopération et une coordination renforcée entre les États membres pour définir une politique industrielle européenne, en tenant compte des contraintes géographiques et industrielles de chaque pays. Le respect total d’un modèle social européen fort, y compris les droits des travailleurs, en sont des éléments clés.


L’OGBL exige la fin du dumping
social et le chantage à l’emploi qui en est en la conséquence.


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