14 décembre 2021

Prise de position commune des syndicats représentatifs au niveau national relative à la tripartite du 13.12.2021

Tripartite – un tour pour rien!

A group of people making thumb down hands sign in circle

Plus d’un an après la date annoncée initialement, la deuxième réunion du Comité de coordination tripartite depuis le déclenchement de la crise sanitaire a eu lieu le 13 décembre 2021. Les syndicats représentatifs au niveau national — la CGFP, le LCGB et l’OGBL — avaient insisté depuis longtemps sur la nécessité d’organiser une nouvelle tripartite afin de préparer, dans le cadre du dialogue entre partenaires sociaux, une sortie durable de la pandémie du Covid-19 et de se préparer aux défis essentiels des prochaines années, ceux de la transition écologique et digitale, ainsi qu’en vue de garantir à long terme le modèle social luxembourgeois.

En amont de cette réunion du 13 décembre 2021, les syndicats avaient critiqué la date tardive retenue pour celle-ci — à trois jours avant le vote du budget 2022 à la Chambre des députés, il n’était en effet plus possible d’imaginer que les discussions menées dans le cadre de cette tripartite auraient encore une quelconque influence sur l’orientation budgétaire de 2022 – et ils avaient proposé d’ajouter des points supplémentaires à l’ordre du jour, tous rejetés par le Premier ministre.

Le ministre du Travail, Dan Kersch, ayant toutefois annoncé en amont de la tripartite qu’il s’agirait avant tout d’écouter les partenaires sociaux, on pouvait ainsi supposer qu’il ne s’agirait là que d’une première réunion et que les différentes mesures pourraient être négociées lors de réunions tripartites suivantes. Or, cela n’a pas été le cas. Il apparaît de plus en plus clairement que le gouvernement actuel ne considère pas la tripartite comme un processus, mais comme un event.

La méthode a été à nouveau la même qu’en juillet 2020. Les syndicats et les représentants des employeurs ont pu prendre la parole après des présentations exhaustives de la situation économique et sociale faites par différents ministres, mais sans même pouvoir leur poser des questions. Parmi les différentes propositions avancées par les deux parties, les ministres présents ont sélectionné une poignée de mesures, qui ont ensuite été présentées à la presse comme le résultat de la tripartite. Nous sommes ici à des années-lumière des accords tripartites nationaux négociés, souvent pendant plusieurs semaines, sous les gouvernements précédents.

Les syndicats représentatifs au niveau national ne peuvent donc que prendre acte du fait que le gouvernement n’est pas en mesure d’offrir le cadre nécessaire à un dialogue social national digne de ce nom. La prolongation du chômage partiel extraordinaire et des aides aux entreprises est évidemment à saluer, ainsi que la prolongation de l’accord passé entre les syndicats et le ministre du Travail garantissant qu’en cas de chômage partiel, tout salarié concerné ne puisse pas toucher moins que le salaire social minimum. Toutefois, cette mesure risque encore d’être insuffisante, car la pandémie ne sera vraisemblablement pas derrière nous d’ici fin-février. Sont bien évidemment aussi à saluer, les améliorations concernant l’embauche de réfugiés et de conjoints d’expatriés.

Dans l’ensemble, il s’agit toutefois d’un paquet de mesures très maigre par rapport aux défis actuels. Il est incompréhensible que les représentants du gouvernement estiment manifestement qu’il n’y a pas de problème de pouvoir d’achat au Luxembourg. Il ne s’agit pas uniquement d’une divergence dans l’interprétation des chiffres — l’analyse du gouvernement, qui se réfère exclusivement à une valeur moyenne globale corrigée par rapport à l’inflation et selon laquelle le pouvoir d’achat serait resté «stable» au cours de la pandémie, est manifestement en contradiction avec la réalité vécue d’une grande partie de la population.

La hausse des prix de l’énergie, l’explosion des coûts du logement, l’inflation touchant les produits alimentaires — tout cela ne semble pas constituer un problème pour le gouvernement. Partant du constat que le pouvoir d’achat a beaucoup souffert depuis le début de la pandémie, les syndicats ont formulé toute une série de revendications visant à le renforcer. Les ajustements demandés concernaient principalement les prestations familiales, des mesures fiscales sélectives et des mesures d’urgence en matière de logement. Ces revendications sont justifiées par l’impact de la crise du logement sur les ménages, le taux de pauvreté croissant touchant les familles monoparentales et les familles nombreuses, ainsi que le salaire social minimum qui demeure encore trop bas par rapport au seuil de risque de pauvreté.

Les mesures annoncées, comme la gratuité des cantines scolaires ou l’augmentation de 200 euros de l’allocation de vie chère, sont jugées comme étant insuffisantes au regard de la pression actuelle sur le pouvoir d’achat. Les syndicats ont également tenu à rappeler que les frontaliers, dont l’importance pour l’économie et le système social luxembourgeois a été amplement démontrée lors de la pandémie, ne bénéficient pas des nouvelles prestations en nature. Mais ceci n’est apparemment pas un problème pour le gouvernement, mais son programme.

La réaction du gouvernement aux arguments et aux revendications des syndicats a été marquée par une arrogance sans précédent. Selon le Premier ministre, la plupart des problèmes soulevés par les syndicats n’auraient pas leur place dans une tripartite. Les mesures concernant plus particulièrement le logement et le climat devraient être discutées en dehors de la tripartite avec les ministres concernés. La tripartite devrait être considérée exclusivement comme un instrument de crise, et ne devrait pas devenir un «salon de discussion», comme l’a souligné le Premier ministre lors d’une conférence de presse à l’issue de la tripartite — qui a d’ailleurs été organisée sans avoir été aucunement convenue avec les partenaires sociaux. Comme si précisément dans les domaines du logement et du climat, il n’y avait pas une situation de crise évidente!

Le Premier ministre a également souligné que l’état des finances publiques n’autoriserait pas la prise de nouvelles mesures ciblées en vue d’améliorer le pouvoir d’achat, alors même qu’elles avaient été présentées auparavant comme les plus solides de toute l’Europe. Sans gêne, le Premier ministre a également demandé à ce que l’impact budgétaire des différentes propositions des syndicats ait à être chiffré en détail. Combien de demandes de chiffres, adressées par les syndicats aux politiques, sont restées sans réponse par le passé?

De tout cela, il ressort que la seule véritable avancée de la réunion a consisté dans l’opposition sans équivoque de la part du gouvernement face aux nouvelles tentatives du patronat de remettre en question l’indexation des salaires. Il est évident que cela ne peut pas être considéré comme satisfaisant du point de vue syndical.

Les syndicats continueront, quoi qu’il en soit, à se battre pour un renforcement du pouvoir d’achat et à lutter contre les inégalités qui s’accroissent.

Communiqué par la CGFP, le LCGB et l’OGBL, le 14 décembre 2021.

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