Soutenir la sidérurgie et l’industrie européenne ou courir droit vers la catastrophe de l’emploi …

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À la mi-décembre 2015, une délégation composée de syndicalistes français, allemands, belges, anglais et luxembourgeois était reçue par des parlementaires européens à Strasbourg afin de procéder à un large échange de vues sur divers problèmes touchant l’industrie sidérurgique européenne et son avenir.

L’OGBL, seul syndicat luxembourgeois présent aussi bien lors de cet échange que lors de toutes les réunions de travail ayant précédé cette rencontre, était représenté par Jean-Claude Bernardini (membre du Bureau exécutif) et par Michel Cougouille (président de la délégation du site de Rodange et vice-président de la délégation centrale d’Arcelormittal Luxembourg).

Ces divers échanges entre parlementaires et syndicalistes, ayant de facto démarré dans le courant du premier trimestre 2011 ont permis dans un premier temps de rappeler l’importance de l’industrie sidérurgique à la Commission européenne. Ceci s’est notamment exprimé par le biais de diverses communications et plans d’actions en faveur de l’industrie européenne. Les premières en date étant tout d’abord la communication de 2012 sur «une industrie européenne plus forte au service de la croissance et de la relance économique» et puis en janvier 2014 la résolution intitulée «Réindustrialiser l’Europe pour promouvoir la compétitivité et la durabilité».

Un autre moment fort, fut la mise sur pied d’un «groupe de haut niveau», sous l’égide de l’ancienne commission et ayant pour but de discuter et de réfléchir en tripartite sur les problèmes et les solutions pouvant sauver le secteur.

Depuis lors, on n’a plus entendu grand-chose ni vu de nouveaux éléments du côté politique et les quelques grandes multinationales européennes du secteur ont continué à procéder à des restructurations, à fermer des sites et à licencier leur personnel.

En novembre 2015, à la demande de la Grande-Bretagne et sous la présidence luxembourgeoise, un Conseil «compétitivité» a été réuni afin de se préoccuper du secteur, suite aux diverses restructurations opérées en Grande Bretagne et aux Pays Bas. Comme cela se passe malheureusement très (trop) souvent lors de ce genre de conseil, aucune mesure concrète permettant de soutenir de manière pérenne la sidérurgie européenne n’a été retenue à son issue.

Alors que dans la situation dramatique actuelle, si aucune mesure structurelle n’est prise rapidement, l’industrie sidérurgique européenne est en grand danger et risque d’entraîner la disparition de centaines de milliers d’emplois directs et indirects.

La situation actuelle nécessite des mesures exceptionnelles!

L’industrie sidérurgique européenne est dans une situation de crise manifeste et grave, ce qui nécessite des mesures européennes exceptionnelles. Divers éléments, sans lien apparent entre eux, ont tout doucement entraîné cette situation catastrophique. Loin de vouloir être exhaustif, nous allons rappeler ci-dessous quelques éléments:

  • tout d’abord la trop forte réduction des capacités, pratiquée depuis 2009 en Europe (plus de 80.000 emplois supprimés par la fermeture de sites de production; tout le monde se souvient sans doute et notamment, des fermetures provisoires à durée indéterminée réalisées par ArcelorMittal…). Cette forte réduction des capacités de production européenne a largement favorisé les importations venues combler l’incapacité de nos installations à répondre à la demande sur certains produits;
  • les pratiques commerciales, sociales et environnementales déloyales pratiquées notamment en et par la Chine, mais également dans d’autres pays où des sidérurgistes européens sont présents;
  • l’extrême lenteur de la mise en application de mesures concrètes et coercitives dans le cas d’un examen d’une plainte antidumping;
  • les tergiversations pratiquées en Europe au niveau de la réforme des systèmes d’échange de quotas d’émissions en oubliant de favoriser les installations les plus performantes en matière de lutte contre le changement climatique;
  • sans oublier que les difficultés rencontrées par le secteur sont également liées aux politiques d’austérité menées en Europe et qui pénalisent la sidérurgie entre autres sur les marchés de la construction, le bâtiment, les infrastructures, l’automobile, etc…
  •  si la Chine, dont les capacités de production sont deux fois équivalentes aux capacités européennes, obtient le statut d’économie de marché, elle pourra sans difficulté inonder notre marché européen.

Syndicalistes et députés européens sont tombés d’accord pour dire qu’il y a urgence, qu’il faut agir rapidement et que diverses mesures doivent être prises immédiatement afin de garantir des conditions de concurrence équitables entre pays et continents via la mobilisation de tous les instruments de protection commerciale permettant de défendre l’Europe. Il faut, en même temps assurer un ajustement carbone aux frontières via l’instauration de taxes environnementales et ne pas accorder le statut de marché à la Chine. Les représentants des salariés doivent également avoir un vrai rôle à jouer dans les processus de décision et ceci afin d’éviter le dumping social dans le secteur et en vue de garantir la création d’emplois de qualité dans le secteur.

Le Parlement européen a voté (à une très large majorité) une résolution allant dans ce sens et a chargé son président de la transmettre au Conseil et à la Commission. De notre côté, nous allons continuer à interpeler tous les différents acteurs politiques afin qu’ils assurent un suivi concret dans ce dossier.