13 octobre 2017

Réunion du Comité national de l’OGBL

Le gouvernement a encore 12 mois pour démontrer sa fibre sociale

Le Comité national de l’OGBL était à nouveau réuni à la Maison du Peuple à Esch-sur-Alzette le 26 septembre dernier. A l’ordre du jour de cette première réunion faisant suite à la trêve estivale figuraient entre autres une analyse de la situation politique, économique et sociale de l’Europe et du Luxembourg, la rentrée sociale de l’OGBL et des rapports de la situation dans des entreprises.

Le Comité national de l’OGBL est tout d’abord revenu sur le résultat des élections nationales en Allemagne qui avaient eu lieu deux jours plus tôt. Des élections caractérisées par une poussée des forces conservatrices et marquées surtout par l’entrée au Parlement allemand du parti d’extrême droite qu’est l’AfD. L’OGBL a souligné que ce résultat n’est assurément pas dans l’intérêt des gens qui travaillent, ni en Allemagne, ni en Europe.
Mais, force est de constater que ce qui alimente la progression de mouvements politiques comme l’AfD en Allemagne ou bien encore le FN en France réside précisément dans les politiques économiques et sociales néolibérales menées en Europe depuis des années auxquelles l’OGBL et le mouvement syndical dans son ensemble n’ont cessé de s’opposer. Des politiques désastreuses qui se sont accentuées dans le contexte de crise des années 2008-2009. Les effets de ces politiques d’austérité à base de coupes sociales, d’attaques à l’encontre de l’Etat Providence et de dumping salarial et fiscal pratiquées ces dernières années sont venus fragiliser des couches sociales de plus en plus larges. Les craintes suscitées par ces dernières se fondent sur une réalité objective. Ce sont elles qui expliquent le renforcement des mouvements d’extrême droite auquel nous assistons.

De l’autre côté de l’échiquier politique, l’OGBL constate que les forces politiques progressistes n’ont, elles, pas su proposer jusqu’à présent de perspectives et d’alternatives crédibles. Des renouvellements politiques et idéologiques doivent désormais avoir lieu dans ce camp. Et cela ne vaut évidemment pas que pour la seule Allemagne, mais pour la plupart des pays en Europe. Enrayer la progression des mouvements rétrogrades ne deviendra envisageable qu’à partir du moment où le progrès social redeviendra le moteur d’un véritable projet politique. Il n’existe qu’un seul antidote à la montée de ces mouvements et il passe par le renforcement de politiques sociales (augmentation des revenus directs, lutte contre les inégalités, mise en place de politiques fiscales favorisant les bas et moyens revenus, renforcement des assurances sociales et des droits sociaux).

Une feuille de route pour le gouvernement

Le Comité national de l’OGBL s’est ensuite penché plus particulièrement sur la situation luxembourgeoise. Avec une croissance économique constante de plus de 4%, une balance commerciale positive, des finances publiques saines et un taux d’endettement tout à fait supportable, le Luxembourg présente une santé économique et financière insolente. Même l’OCDE et la Commission européenne en conviennent. Une situation qui vient une nouvelle fois conforter l’analyse que fait l’OGBL depuis les dernières années et confirmer le caractère inutile et superflu des politiques d’économies mises en place par le gouvernement au début de son mandat dans le cadre de son soi-disant «Zukunftspak».
Si l’OGBL continue à saluer le changement de cap politique opéré par le gouvernement depuis 2 à 3 ans, il souligne toutefois que les mesures positives qu’il a mises en œuvre jusqu’à présent ne sont finalement venues que compenser partiellement les pertes subies auparavant par la grande majorité de la population. Le Comité national de l’OGBL a tenu dans ce contexte à envoyer un message très clair au gouvernement. Ce dernier est appelé à exploiter pleinement les douze mois qui lui restent pour confirmer ce qu’il a initié et accentuer davantage sa politique sociale. Voici les principaux points pour lesquels l‘OGBL attend à ce que le gouvernement actuel agisse encore avant les prochaines élections.

  • L’introduction d’un mécanisme d’adaptation périodique des prestations familiales (en nature et en espèces) à l’évolution du salaire médian ne devrait en soi même plus être une revendication. Cette mesure fait en effet partie intégrante de l’accord conclu le 28 novembre 2014 avec le gouvernement. Toutefois, ce mécanisme ne figure toujours pas dans le projet de loi déposé par la ministre de la Famille. L’OGBL exige que le gouvernement amende encore rapidement ce projet, afin que le mécanisme puisse entrer en vigueur dès 2018. Si cela ne se produisait pas, le gouvernement aurait gravement manqué à sa parole. Il s’agit d’un point crucial pour l’OGBL qui rappelle que les prestations familiales ont déjà perdu 20% en valeur depuis leur désindexation en 2006.
  • En matière d’assurances sociales, au regard des réserves financières accumulées, l’OGBL s’attend tout d’abord à des améliorations significatives en matière de prestations de la CNS, notamment en ce qui concerne les soins et la chirurgie dentaires, les dépenses d’optique et ophtalmologiques, la reconnaissance de certaines psychothérapies, la participation personnelle aux consultations médicales. L’OGBL revendique par ailleurs enfin une prolongation de l’indemnité pécuniaire de maladie au-delà de la limite actuelle de 52 semaines et l’amélioration des dispositions du congé thérapeutique (lire également en page 12). L’OGBL continue aussi à revendiquer des adaptations urgentes de la loi sur le reclassement professionnel et exige des améliorations dans le cadre de la réforme de l’assurance dépendance (notamment un contrôle démocratique de la cellule d’évaluation et un meilleur encadrement légal de l’aidant informel).
  • L’OGBL poursuit ensuite sa campagne visant une amélioration générale des salaires réels au Luxembourg. L’évolution des salaires n’a en effet pas suivi celle de la productivité ces dernières années dans le pays, comme l’atteste désormais par exemple également l’OCDE. Il y a là un retard à combler. Parallèlement, l’OGBL continue de revendiquer une augmentation structurelle du salaire social minimum de 10%. Le montant actuel du SSM ne permet pas de vivre dignement au Luxembourg. Par ailleurs, ramené au salaire médian, le SSM n’est pas plus élevé au Grand-Duché que dans les pays limitrophes. Enfin, l’OGBL rappelle que le coût salarial au Luxembourg reste inférieur à celui des pays frontaliers. Un écart qui s’est d’ailleurs creusé ces dernières années. Il y a donc des marges de manœuvres, même en termes de compétitivité.
  • Concernant la législation sur les plans sociaux, régulièrement contournée par les entreprises, l’OGBL estime qu’une réforme est urgente.
  • L’OGBL continue de s’opposer avec force au projet de loi actuel relatif à la protection des données. Un affaiblissement de la protection de la vie privée des salariés sur leur lieu de travail demeure pour l’OGBL tout à fait inacceptable.
  • En ce qui concerne les comptes épargne-temps qui devaient faire l’objet d’une prochaine réunion avec l’UEL, l’OGBL revendique avant tout qu’une heure épargnée à un moment T1 soit rémunérée à sa juste valeur lorsque celle-ci est utilisée à un moment T2 (c’est-à-dire: la valeur au moment T2). Un principe qui devra également s’accompagner du fait que c’est le salarié, et lui seul, qui doit pouvoir décider du moment où il utilise son temps épargné à des fins personnelles.
  • Enfin, concernant la fiscalité, l’OGBL continue de revendiquer l’introduction d’un mécanisme d’adaptation du barème fiscal à l’inflation, ainsi qu’une exemption fiscale pour les salariés touchant le SSM et un allongement des tranches fiscales supérieures. L’OGBL regrette par ailleurs le manque d’initiative du gouvernement en vue d’une plus importante imposition des revenus du capital. (L’OGBL salue toutefois le récent accord trouvé avec le gouvernement en ce qui concerne la fiscalité des frontaliers).

Inquiétudes concernant l’école publique

Après la pénurie dramatique d’instituteurs constatée à la rentrée scolaire (lire en page 26), l’OGBL a décidé de se pencher en profondeur dans les mois à venir sur les problèmes  que rencontre actuellement l’école publique au Luxembourg et dont la pénurie d’instituteurs ne semble être que la pointe émergée de l’iceberg. L’OGBL rappelle qu’il défend fermement le modèle d’une école publique forte, seule capable d’assurer l’égalité des chances entre les enfants et de développer leurs potentialités individuelles. L’OGBL s’inquiète notamment d’une éventuelle perte de qualité dans les écoles publiques et d’une privatisation rampante de ces dernières


Europe: socle des droits sociaux et recommandations

L’Europe était également à nouveau à l’ordre du jour de la dernière réunion du Comité national de l’OGBL. Pour l’OGBL, il est évident que l’Europe sociale doit enfin devenir une priorité. Dans ce contexte, l’OGBL ne peut que déplorer que le projet de socle européen des droits sociaux adopté par la Commission européenne au printemps dernier ne prévoie pas que les paramètres et objectifs sociaux doivent devenir contraignants pour les Etats membres. L’OGBL revendique que ces paramètres sociaux obtiennent la même valeur que les paramètres économiques retenus dans le cadre du semestre européen. Il serait inacceptable que les paramètres et objectifs sociaux en restent au stade de recommandations ou de vagues déclarations d’intention.
L’OGBL constate par ailleurs avec satisfaction que la Commission européenne n’a cette fois-ci pas réitéré ses attaques à l’encontre du dispositif d’indexation des salaires et pensions. Mais ce silence s’explique certainement par la faible inflation actuellement…
En revanche, la Commission s’en prend une nouvelle fois au «coût» et à la «viabilité» du système de pensions au Luxembourg. Des attaques que dénonce une nouvelle fois l’OGBL, compte tenu des derniers chiffres en la matière, qui démontrent à souhait que le système de pensions n’est absolument pas en danger. L’OGBL ne se dérobe pas à une discussion sur l’avenir du système de pensions, mais s’oppose formellement à un affaiblissement de celui-ci au profit d’assurances privées et commerciales


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