6 janvier 2017

Mathias Hinterscheid – une vie consacrée au mouvement syndical

Mathias_HinterscheidPeu avant la fin de l’année 2016, année lors de laquelle l’OGBL fêtait les cent ans de syndicalisme libre au Luxembourg, nous avons appris la triste nouvelle du décès, suite à une longue maladie, de l’ancien président du LAV, Mathias Hinterscheid.

Mathias, mieux connu par les militants syndicaux sous le nom de «Mett» Hinterscheid, est né le 26 janvier 1931 à Dudelange comme fils d’une famille d’ouvriers. Après l’école primaire à Dudelange, Mett Hinterscheid fréquentait d’abord l’Athénée de Luxembourg pour ensuite entamer un apprentissage comme serrurier d’aciérie à l’usine ARBED-Dudelange et à l’école professionnelle d’Esch-sur-Alzette.

Dès le début de son activité comme serrurier d’aciérie, à l’âge de 15 ans, il rejoint en octobre 1946, le Letzeburger Arbechterverband (LAV); par conséquent, en 2016 il fêtait ses 70 ans d’adhésion sans interruption au syndicat.

D’abord il est actif au sein du LAJ, organisation des jeunes du syndicat, et à partir de 1955 également au sein du comité de la section locale de Dudelange. En 1956, il est élu pour le LAV au comité de la Caisse de maladie de l’ARBED ainsi que de l’assurance vieillesse et d’invalidité de l’ARBED à Dudelange.

Lorsque début 1958 deux postes de secrétaires auprès du LAV ont été mis au concours, Hinterscheid postule et est retenu comme le meilleur des candidats. Il prend le poste de secrétaire à plein temps pour les affaires de la jeunesse, pour la formation syndicale et pour la propagande (c. à d. responsable du service presse) dès le 15 février 1958 et exerce cette fonction pendant les cinq années qui suivent.

Après que le LAV et la FNCTTFEL s’étaient mis d’accord début 1963 que le LAV devait mettre à disposition un secrétaire à plein temps, afin de reprendre en main la coordination du secrétariat commun de la CGT (dont la perpétuation à ce moment-là était mise en question) le comité directeur du LAV décide le 28 janvier 1963 à l’unanimité, que celui-ci devait être Mathias Hinterscheid. Le 10 février 1963, Hinterscheid sera alors également désigné par la conférence des comités de la CGT comme nouveau secrétaire général de la CGT.

En mai 1970, Mathias Hinterscheid est alors élu à l’unanimité président du LAV, après que Benny Berg, suite à la décision prise au XXIIIe congrès du LAV du 9 au 11 mai 1970 à Differdange, concernant l’incompatibilité entre un mandat politique national et celui du président et secrétaire général du LAV, avait abandonné son poste de président. En novembre 1970, Mathias Hinterscheid a également été élu président de la CGT, après que le poste de secrétaire général à plein temps qui était devenu vacant, avait été repris par Roby Meis.

Pendant la période de la présidence de Mathias Hinterscheid a été fondé le Conseil national des syndicats, formé par le LAV, la FEP et le LCGB, ainsi qu’une vaste révision des statuts en 1972. Avant tout un élément marquant de son époque à la tête du LAV fut la démonstration de masse ainsi que la journée nationale de grève du 9 octobre 1973. Ensemble avec Antoine Weiss, secrétaire général du LAV, Hinterscheid s’adresse à pas moins de 32 000 participants réunis sur la place Guillaume dans la capitale.

En juin 1976, Hinterscheid cède la présidence du LAV à Antoine Weiss et la présidence de la CGT à John Castegnaro, pour œuvrer dès lors au niveau européen. Il est élu à Londres secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats (CES), qui venait d’être fondée seulement trois ans auparavant. Il remplit cette fonction pendant pas moins de 15 années, de 1976 à 1991. Jusqu’à aujourd’hui, la durée du mandat de Mathias Hinterscheid, à la tête de la CES, n’a pas encore été égalée.

En tant que responsable principal du secrétariat de la CES à Bruxelles, Mathias Hinterscheid stabilise cette structure encore jeune, qui, au départ, a connu quelques difficultés. Pendant la durée de son mandat, la CES est soumise à une forte croissance du nombre des membres ainsi que des syndicats affiliés.

Vu la situation politique avec la prise d’ampleur du néolibéralisme et comme la situation économique était encore marquée par les répercussions de la crise du pétrole et de la sidérurgie des années 1970, la CES, sous la direction de Mathias Hinterscheid, défend la construction d’une Europe sociale, s’engage pour la réduction des heures de travail et pour le plein emploi et exige l’établissement des bases pour un système européen de conventions collectives et pour des accords intersectoriels entre les partenaires sociaux. Les idées de la CES sont exposées dans un recueil écrit par Mathias Hinterscheid sous le titre de Vivre et travailler autrement en Europe: bilan et perspectives d’un espace social européen, qui parait en 1987 avec une préface de Jacques Delors, Président de la Commission européenne.

Sous la présidence de Delors, Mathias Hinterscheid participe aux dites discussions de «Val Duchesse», lors desquelles ont été établies les bases d’un renouvellement du dialogue social au niveau européen.

En 1991, lors du 7e Congrès de la CES à Luxembourg, Mathias Hinterscheid quitte sa fonction de secrétaire général de la CES et prend sa retraite bien méritée.

Malgré tout il reste, dans les années qui suivent, un observateur actif de la politique et du syndicalisme luxembourgeois, aussi bien qu‘européens. De 1998 à 2008, il est également membre du Conseil administratif de la banque centrale du Luxembourg.

Henri Hinterscheid, fils de Mathias Hinterscheid, était d’ailleurs de 1979 à 1989 le premier président du syndicat Santé et Social de l’OGBL, nouvellement fondé.

En Mathias Hinterscheid, le mouvement syndical perd une figure marquante, qui a apporté une contribution essentielle à la consolidation des syndicats libres à une époque de profonds changements d’ordre sociétal, social et économique et par là a créé les bases pour l’évolution du LAV vers l’OGBL. Le mouvement syndical européen reste également marqué jusqu’à nos jours par son engagement.

Mathias Hinterscheid restera dans la mémoire de nous tous comme un personnage exceptionnel du mouvement syndical.

À la famille éplorée, nos plus sincères condoléances.

Le comité exécutif de l‘OGBL

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