15 mars 2012

Lettre ouverte à Monsieur Ernst Wilhelm Contzen, président de l’ABBL

Le Syndicat des Banques et Assurances de l’OGBL prend acte de votre déclaration d’intention en tant que président de l’Association des Banques et Banquiers de Luxembourg (ABBL) d’agir à l’encontre des intérêts des salariés et pensionnés du secteur financier.

Vous êtes d’avis que les coûts salariaux sont plus élevés au Luxembourg qu’en Allemagne et vous préconisez donc la réduction de ces coûts afin de rendre plus attractive la place financière et de la sécuriser. Or, il ne suffit pas de comparer les coûts salariaux, il faut également comparer la productivité qui est nettement plus élevée au Luxembourg qu’en Allemagne, ce qui justifierait des salaires supérieurs au Luxembourg.

Vous prônez non seulement l’abrogation du système de l’indexation des salaires et des pensions à Luxembourg, mais vous remettez aussi en cause les conventions collectives de travail du secteur financier et vous allez jusqu’à plaider pour une diminution du nombre de jours de congés des salariés du secteur financier!

- Vous vous attaquez à l’index et à nos conventions collectives de travail, qui, selon vos affirmations, seraient en grande partie responsables de l’inflation et de la baisse du pouvoir d’achat. Combien de fois encore faudra-t-il rappeler que l’index sur les salaires n’affecte en rien la compétitivité ni l’inflation à Luxembourg? La progression des coûts salariaux ne peut être mise en cause dans l’évolution de l’inflation à Luxembourg. Cette dernière est en grande partie liée aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés mondiaux ainsi qu’à l’augmentation exagérée de certains prix administrés comme le prix de l’eau et autres taxes communales, la participation des assurés aux coûts des soins de santé, etc. Une partie de l’inflation luxembourgeoise est donc «faite maison».

L’indexation des salaires et pensions ne constitue pas à proprement parler un instrument de politique salariale mais est un instrument de maintien du pouvoir d’achat des citoyens. Il s’agit en fait d’une compensation ex post pour une évolution des prix à la consommation (inflation) qui a déjà eu lieu. Le système d’indexation contribue au maintien de la valeur de la monnaie pour les consommateurs luxembourgeois.

Le Luxembourg n’est pas l’Allemagne, cessons de comparer ces deux pays! Traditionnellement au Luxembourg, l’adaptation des salaires à l’inflation n’entre pas dans la négociation collective. Elle est déjà réalisée d’une manière automatique par la loi sur l’indexation. Par conséquent, la négociation collective des conventions collectives de travail se concentre uniquement sur l’évolution réelle des salaires (se greffant sur l’adaptation des salaires à l’inflation). Pour les syndicats, « évolution réelle des salaires » veut dire adaptation des salaires à l’évolution de la productivité et aux résultats économiques des entreprises. Sans l’index, ou avec un index décalé, les syndicats seraient contraints d’inclure la perte du pouvoir d’achat due à l’inflation dans les négociations collectives, ce qui les rendrait encore plus difficiles.

Il ne faut pas oublier que les cotisations sociales au Luxembourg sont les plus basses d’Europe ce qui donne aux entreprises établies au Grand-Duché un avantage compétitif de taille y compris par rapport à l’Allemagne.

- Vous vous attaquez également aux 33,5 jours de congés des salariés âgés de moins de 50 ans du secteur financier et vous voulez abolir la prime de juin.

Faut-il vous rappeler que ces 33,5 jours accordés dans la convention collective de travail des banques par les employeurs résultent en partie d’une compensation pour certains jours fériés bancaires déclarés comme jours de fermeture collectif des banques et qui depuis cet échange sont devenus des jours de travail normaux? Ces jours permettent aux banques de continuer à exercer leur activité et à augmenter leurs profits au détriment de la vie familiale et privée de leurs salariés. Une autre partie de ces jours résulte du fait que dans le cadre des négociations collectives, l’ABBL a parfois préféré donner des congés supplémentaires plutôt que d’augmenter les salaires.

En ce qui concerne la prime de juin (pécule de vacances), elle a également été concédée en échange d’augmentations linéaires des salaires et doit dorénavant être considérée comme un acquis, puisqu’elle est payée de façon inchangée depuis plus de 10 ans.

Monsieur Contzen, comment voulez-vous connaître tous ces détails, vous n’avez pas participé à ces négociations. Nous vous conseillons donc à l’avenir, avant de proférer des invectives à l’égard des syndicats, de mieux vous renseigner.

Pour redresser la situation des banques et enrayer le déficit du pays, vous ne proposez que des baisses et des diminutions au détriment des salariés. Mais qu’avez-vous fait, Monsieur Contzen, pour aider les banques depuis votre prise de fonction en tant que président de l’ABBL?

Nous pouvons vous assurer que le Syndicat Banques et Assurances de l’OGBL a agi de manière responsable ces dernières années. Afin de garantir le maintien de l’emploi et de pérenniser l’avenir de la place financière, lors de chaque renouvellement des conventions collectives de travail du secteur financier, nous avons toujours eu des revendications modérées. En revanche, nous sommes informés par la presse et d’autres sources que les top managers continuent à encaisser des salaires et boni totalement indécents alors que c’est le contribuable qui a sauvé les banques principales au Luxembourg en 2008/2009. Par cet acte, c’est finalement le contribuable qui a sauvé la place financière et la réputation internationale de celle-ci en la stabilisant pendant une période d’extrême turbulence. Et savez-vous qui paie les plus gros paquets d’impôts au Luxembourg? Les salariés et les consommateurs en général (impôt sur le revenu et TVA)!

L’OGBL a joué un rôle plus que constructif dans le sauvetage des banques en 2008 et 2009. Et quel a été votre apport personnel, Monsieur Contzen, au sauvetage des banques pendant la crise financière qui fut d’ailleurs causée par vos pairs? Quel est aujourd’hui votre apport à la réduction des coûts dans le secteur financier? Avez-vous renoncé, ainsi que vos collègues dirigeants, à une partie de vos salaires, de vos bonus? Vous qui semblez tellement apprécier le franc-parler, expliquez-nous quel est le sens de la responsabilité sociale des top managers.

En janvier 2012, la somme des bilans des banques à Luxembourg a encore progressé. Les licenciements quant à eux sont de plus en plus nombreux et de nouveaux plans sociaux ont déjà été négociés. Dorénavant, les syndicats exigeront plus de transparence quant aux investissements faits et aux « dividendes» distribués par les établissements financiers.

Vous avez déclaré vouloir résoudre les problèmes du Luxembourg, pays qui vous tient à cœur. L’OGBL en tant que 1er syndicat au Luxembourg a le même objectif que vous, mais sans sacrifier la justice et la paix sociales.

Alors, oui, M. Contzen, il est temps de changer de paradigme. Il est temps de rétablir le dialogue social mis à mal depuis trop longtemps à Luxembourg essentiellement à cause des revendications ultra-libérales et antisociales des organisations patronales. C’est d’ailleurs cela qui a motivé les syndicats à ne pas participer à la dernière réunion tripartite prévue en décembre 2011. Que voulez-vous qu’un syndicat réponde à un patronat qui réclame une semaine de travail de 52 heures?

Il est temps de vous rappeler que derrière chaque poste de travail sur la place financière luxembourgeoise se trouve une femme ou un homme qui contribue chaque jour par ses compétences à faire du secteur financier, qui représente 1/3 du PIB du pays, un des secteurs piliers du Luxembourg. Accablés par une crise financière dont les répercussions ne finissent pas à Luxembourg et dans toute l’Europe, ces hommes et ces femmes sont des salariés qui ne demandent que le maintien de leur emploi et de leur pouvoir d’achat, ainsi que des rémunérations à la mesure de leurs efforts.

Communiqué par le Syndicat Banques et Assurances de l’OGBL
le 15 mars 2012

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