22 décembre 2017

Le mot du président

Le salaire minimum doit augmenter! Maintenant et pas seulement en vue des programmes électoraux!

André Roeltgen, Präsident des OGBL, Président de l‘OGBL

André Roeltgen, Président de l‘OGBL

La campagne de l’OGBL «Un paquet social pour le Luxembourg» a débuté à l’automne 2015, en réaction aux mesures de crise de la politique d’austérité des gouvernements Juncker (2009-2013) et Bettel (jusqu’à 2014, «Zukunftspak»), qui ont affaibli sans distinction le pouvoir d’achat des ménages, et avant tout celui des couches moyennes et inférieures.
L’opposition de l’OGBL à l’égard de la politique d’austérité des différents gouvernements était importante. Elle a empêché que la situation ne s’aggrave encore davantage et elle a conduit à une correction partielle des mesures de crise. Mais partielle ne signifie pas totale. Malgré la réforme fiscale, malgré le respect du mécanisme d’indexation et d’autres mesures positives, le gouvernement actuel n’a fait qu’une partie du chemin. Qu’en est-il du reste? L’embellie économique persistante justifie cette question.
Après que l’OGBL ait lancé, le 28 novembre dernier, sa campagne «Plus de pouvoir d’achat maintenant!», certains membres du gouvernement ont reconnu la nécessité d’une augmentation structurelle du salaire social minimum. D’autres pas.
Le ministre d’État a prétexté qu’une augmentation du salaire minimum n’était pas prévue dans le programme de coalition de 2013. Comment aurait-il pu en être autrement à l’époque? Le gouvernement aurait été bien ridicule, à l’époque, s’il avait associé la poursuite de la politique d’austérité («Zukunfts-pak») au projet d’augmenter le salaire minimum!
Mais les données économiques sont définitivement différentes depuis un certain temps déjà. L’économie se porte bien et il y a des marges de manœuvre. Un gouvernement se doit de réagir de manière flexible et réactive à une nouvelle situation. Une réforme nécessaire doit être possible dans de telles conditions. Même si elle ne figure pas dans le programme de coalition.
Le ministre d’État a estimé qu’une augmentation du salaire minimum devrait d’abord être discutée avec les partenaires sociaux. La déclaration est surprenante et déconcertante. L’OGBL revendique l’adaptation structurelle de 10% du salaire minimum depuis l’automne 2015! Le ministre d’État en personne a chargé ensuite le Conseil économique et social d’élaborer un avis sur le sujet au début de l’année 2017.  L’avis des partenaires sociaux est connu du gouvernement depuis le 11 juillet 2017! L’initiative du ministre d’État ne relevait-elle que du calcul tactique afin de gagner du temps jusqu’à la fin de la législature? D’ailleurs, le chef du groupe parlementaire du CSV semble ne pas avoir connaissance non plus de cet avis.  Si jamais ceci n’est donc pas encore connu de tous: le patronat a, dans cet avis, comme tout le monde pouvait s’y attendre, refusé une augmentation structurelle du salaire minimum. Et rien ne viendra faire changer ce refus, comme en ce qui concerne l’index en 2018, 2019, 2020, etc.
Le fait est que le gouvernement a encore suffisamment de temps pour entreprendre une augmentation du salaire minimum.
Le salaire minimum s’élève, pour 40 heures de travail, à 1727 euros net. Il y a quatre ans déjà, le seuil de risque de pauvreté officiel se situait à 1763 euros net. La Chambre des salariés estime pour 2017 le seuil de risque de pauvreté à 1860 euros net. L’étude du STATEC portant sur le revenu de référence, fait savoir que plus de 1900 euros net (2016) sont nécessaires pour pouvoir mener une vie «décente, mais modeste» au Luxembourg.
Et qu’en est-il de la «compétitivité» des entreprises? Pour les secteurs de l’économie dans lesquels on retrouve la plus grande part de salariés qui touchent le salaire minimum, les chiffres comparables avec les pays voisins démontrent que les coûts salariaux ne sont pas trop élevés au Luxembourg. Le ministre de l’Économie n’a-t-il pas d’ailleurs affirmé que l’augmentation du salaire minimum serait économiquement supportable?
L’argument selon lequel, ce sont avant tout les frontaliers qui occupent ce segment salarial, est également faux. La part de frontaliers employés à des tâches non qualifiées est la même que la part de frontaliers sur l’ensemble du marché du travail luxembourgeois.  Il faut également souligner, qu’au Luxembourg, le taux de salariés non qualifiés au chômage se situe dans la moyenne européenne et il est même inférieur à celui en France ou en Belgique.
Et l’affirmation selon laquelle, une augmentation du salaire minimum entraînerait avec elle une augmentation du chômage, manque cruellement de preuves. Les études laissent plutôt conclure qu’il y aurait des effets positifs sur l’économie et le marché du travail.
Le salaire minimum n’est pas une prestation sociale versée par l’État, mais un élément de la politique salariale nationale. C’est une mesure légale qui intervient dans la répartition de la productivité de la société. Également, au sens d’une juste répartition au sein de la hiérarchie salariale générale. Entre 2000 et 2015, l’écart s’est creusé de 3,65 à 4,31 si l’on considère le plus bas salaire des 5% les plus élevés et le plus haut salaire des 20% les plus bas. Il est grand temps de mettre un terme à l’accroissement de cette injuste répartition.
L’OGBL revendique du gouvernement qu’il prenne rapidement une initiative législative en vue d’une augmentation de 10% du salaire social minimum. Avec ou sans étapes intermédiaires. Et qu’il prenne une initiative législative visant à libérer de l’impôt sur le revenu, les salariés touchant le salaire minimum.

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