4 décembre 2012

Editorial

Il nous faut des réformes dans l’intérêt des salariés

Jean-Claude Reding, Präsident des OGBL

Jean-Claude Reding, président de l’OGBL

Un des points culminants de l’action syndicale ces dernières semaines a sans aucun doute été la manifestation contre le démantèlement des acquis sociaux des salariés prévu chez Cargolux et Luxair devant la Chambre des députés, organisée à l’initiative de l’OGBL. La position de l’OGBL qui assure la présidence des délégations du personnel des deux entreprises, a dès le début été très claire. Pour lui, les deux firmes appartiennent au pays et sont d’une importance systémique pour l’aéroport et, bien au-delà, pour l’économie du pays. L’alliance avec Qatar Airways a été une faute stratégique. Il importe maintenant d’élaborer une stratégie tout aussi durable que réaliste, une stratégie qui permettra de combiner les objectifs économiques et d’aménagement du territoire et qui prendra en compte les réalités telles que le fait que l’aéroport soit situé à proximité immédiate d’une ville et sur un territoire densément peuplé. Il s’agira de chercher sur base de cette stratégie, qui devra être élaborée avec les délégués du personnel et les syndicats, un nouveau partenaire commercial pour remplacer Qatar Airways dans le capital de Cargolux. Ce n’est qu’une fois qu’un nouveau modèle commercial aura été défini qu’une discussion sur les conséquences éventuelles pour la politique du personnel pourra avoir lieu. Dans ce contexte, l’annonce que sans démantèlement social les deux entreprises ne pourront être sauvées ne fera pas avancer le débat, au contraire, cela ne fera que l’envenimer.

 

Il y a des alternatives

Pour nous, la situation dans le secteur industriel est tout à fait similaire. Le projet de mise au rancart du siège historique de l’ARBED, ou devrait-on dire le projet de vente de ce bâtiment, laisse présager la stratégie que L. Mittal poursuit au Luxembourg. Il y a lieu de s’inquiéter davantage de l’avenir plus qu’incertain des sites de Schifflange et de Rodange. Les propositions faites par l’OGBL et l’audit sur ces propositions démontrent qu’il y a des alternatives à la politique pratiquée par la direction du groupe. Pourquoi le pouvoir politique nous soutient-il si peu dans ce dossier? La politique économique et la politique de l’emploi ne doivent pas se limiter à des mesures d’accompagnement lors de fermetures d’entités entières d’entreprises. La politique d’ArcelorMittal en Europe et au Luxembourg représente un danger grave pour la sidérurgie européenne. Il nous faudrait, en réponse à cette façon d’agir, une réplique syndicale coordonnée mais surtout une réplique politique coordonnée, car nous avons besoin d’une politique sidérurgique européenne tout autant que nous avons besoin d’une politique industrielle européenne et nationale. Ces sujets ont récemment été abordés par le ministre de l’Economie et les responsables des trois syndicats industriels de l’OGBL.

Le dialogue social: théorie et pratique

Dans les échanges politiques il est souvent question d’améliorer le dialogue social. Même si les fonctionnaires des organisations patronales aiment bien brandir leur adhésion au partenariat social voire au dialogue social, ils recourent de l’autre côté facilement au chantage. Car comment pourrait-on qualifier l’attitude d’une entreprise comme Luxguard : ne pas faire les investissements nécessaires pour le sauvetage d’une usine malgré les bénéfices réalisés pendant de nombreuses années et ensuite menacer de fermer l’usine, de licencier son personnel sans aucun scrupule, et tout cela dans le but de forcer des réductions de salaires. Les dirigeants de la Fedil font preuve d’une grande compréhension à l’égard de Luxguard et avancent comme argument que la compétitivité du Luxembourg serait menacée par des coûts salariaux trop élevés. Alors que des études effectuées récemment en Allemagne (voir Tageblatt du 27.11.), démontrent que le Luxembourg, avec des coûts salariaux dans le secteur industriel de 29,60€ par heure, se trouve à la 9e place dans l’UE.

On constate la même chose pour le secteur financier où toutes les insuffisances de notre législation sont exploitées à des fins de licenciements, de suppressions d’acquis sociaux et de pressions salariales.

Pour des réformes dans l’intérêt des salariés

Les évolutions récentes prouvent qu’il est urgent d’améliorer la législation luxembourgeoise du travail qui est censé être un rempart de protection pour le salarié. Cela doit être le cas pour la protection contre les licenciements, mais aussi en ce qui concerne les droits de cogestion des délégués du personnel et des syndicats dans les entreprises et leurs possibilités d’entamer des procédures judiciaires. Cela vaut également pour les procédures de conciliation qu’il faudrait rendre plus efficaces. Dans le même ordre d’idées, il serait nécessaire de renforcer l’Inspection du travail et des mines (ITM), la médecine du travail, qui doit d’urgence être réformée afin d’en faire un service médical du travail fort, unique, public et indépendant des points de vue politique et financier.

Nous avons besoin de réformes qualitatives afin de mieux protéger les salariés, afin d’assurer leur développement professionnel dans un monde en évolution constante, afin de leur garantir un droit de consultation élargi par rapport à leur travail. De telles réformes visent une extension voire un développement de notre Etat social et non son démantèlement insidieux.

L’OGBL continuera à s’engager pour une politique de réforme dans ce sens et défendra notre Etat social.

L’OGBL continuera à lutter pour de bonnes conditions de travail et des salaires justes. Il se mobilisera au premier rang pour le maintien de notre pouvoir d’achat et la valeur de nos salaires et pensions.

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