23 février 2017

Lettre ouverte du Président de l'OGBL

Les véritables leçons à tirer de la grève évitée

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S’il y avait eu cette semaine cessation du travail à la résidence pour personnes âgées «An de Wisen» de Bettembourg, cela aurait constitué, indépendamment de l’issue de la grève, une césure dans le secteur de la santé au Luxembourg.

Le fait d’arrêter le travail et d’entrer en grève constitue pour un infirmier, un aide-soignant ou un éducateur un énorme effort sur soi-même et une charge psychique importante. Une grève dans le secteur de la santé constitue un renoncement à ce qui pour chacun d’entre eux représente, professionnellement, ce qu’il y a de plus important, à savoir le bien-être des êtres humains qu’ils soignent et dont ils s’occupent. Leurs consciences professionnelles y sont sévèrement mises à l’épreuve. Car en chacun d’entre eux, il y a une résistance morale et éthique face à la cessation du travail. Lorsque malgré tout, ils font usage de leur droit de grève, c’est l’expression du fait que leurs intérêts légitimes sont massivement attaqués et qu’ils n’ont absolument plus d’autre moyen d’action.

La grève a été évitée au tout dernier moment. Le ministre de la Sécurité sociale, avec le soutien de l’ensemble du gouvernement, a pris ses responsabilités politiques afin d’éviter le pire. Cette intervention était, à n’en pas douter, absolument nécessaire. Ce qui était en jeu dans le cadre de ce conflit social à la maison de soins de Bettembourg, c’était principalement la question de savoir ce qui est le plus important pour le système de santé luxembourgeois: les dividendes des actionnaires de l’entreprise multinationale SODEXO ou bien la préservation des conditions de travail et salariales du personnel ?

Ce conflit a démontré d’une manière effarante jusqu’où SODEXO SA est prêt à aller lorsqu’il est question de ses marges de profits. Pendant des mois, exerçant sans scrupules des pressions et du chantage, le directeur a tenté de mettre son personnel à genoux et le forcer à renoncer volontairement à ses conditions de travail et salariales. Il a échoué face à l’impressionnante et imposante fermeté du personnel et de sa délégation.

Afin de tenter de briser malgré tout la résistance syndicale et pour couronner le tout, il a torpillé le déroulement et la procédure officielle de conciliation engagée par l’OGBL, en déclenchant précipitamment une procédure de licenciements à l’encontre de 66 salariés. Un procédé scandaleux qui n’a pas d’équivalent dans la longue histoire de l’Office national de conciliation et qui a amené les membres permanents de l’Office de conciliation à donner suite à la demande de l’OGBL et à déclarer l’échec de la conciliation, ouvrant ainsi la voie à la grève.

L’intervention du ministre de la Sécurité sociale a été très importante. Toutefois, ce qui a eu lieu à la maison de soins de Bettembourg ne peut pas être simplement classé sans suite. La façon de procéder de SODEXO et de la direction n’a rien à voir avec une attitude responsable envers les intérêts du secteur de la santé. Ni au regard de sa mission envers les personnes à soigner et à accompagner, ni envers le personnel qui travaille dans le secteur.

Ceci est d’autant plus déplorable lorsqu’on sait que l’entreprise multinationale SODEXO fait, depuis les années 1990, d’amples bénéfices commerciaux avec de l’argent public, de l’argent de la sécurité sociale et des participations privées venant des résidents de la maison de soins. Ceci vaut d’ailleurs également pour d’autres établissements de soins appartenant à SODEXO ou à d’autres prestataires commerciaux et privés dans le secteur de la santé.

Le Luxembourg n’a assurément pas besoin de commerce privé dans son système social et de santé. La grande majorité des entreprises du secteur social et de la santé ne fonctionne pas sur une base privée et commerciale et la qualité de leurs prestations n’était jusqu’à présent pas sujette à discussion. Mais il y a, depuis un certain temps, des grains de sable dans l’engrenage. La grève désamorcée à Bettembourg est le reflet d’évolutions que connaît le secteur social et de la santé. Des évolutions qui annoncent plutôt une intensification supplémentaire qu’une diminution du potentiel conflictuel.

Le gouvernement luxembourgeois est appelé à renforcer et à sécuriser durablement le secteur public et non-lucratif de la santé et du social. Des changements de cap, aussi bien politique qu’en ce qui concerne le cadre légal, sont nécessaires.

D’une part, les marges de manœuvre de l’économie du profit, qui par des décisions politiques se sont plutôt étendues que restreintes ces dernières années, doivent être réduites.

D’autre part, un changement de cap doit être entrepris en ce qui concerne le système légal de financement des établissements du secteur de la santé comme du secteur social.

Depuis des années, l’OGBL met entre autres en garde contre le financement une tarification forfaitaire. Celle-ci ne tient pas suffisamment compte des situations et des coûts forts hétérogènes entre les différentes entreprises. Les conséquences en sont des évolutions négatives, qui entretemps touchent également de manière croissante des établissements gérés par des associations sans but lucratif.

La discussion actuelle concernant la réforme de l’assurance dépendance doit enfin se consacrer à ces problèmes. Il est encore temps.

Ce qui importe à l’OGBL, c’est que l’argent du contribuable, l’argent provenant des cotisations des assurances sociales ou des participations privées et individuelles servent à la qualité des soins et de l’assistance, à de bonnes qualifications professionnelles, à un bon travail et à de bonnes conditions de travail pour l’ensemble du personnel. L’un n’est pas séparable de l’autre.

André Roeltgen, président de l‘OGBL, 
le 23 février 2017

 


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