19 octobre 2012

Editorial

Appels pressants de l’OGBL au gouvernement

André Roeltgen, secrétaire général de l’OGBL

André Roeltgen, secrétaire général de l’OGBL

Le gouvernement doit réviser le projet de loi sur les pensions. S’il ne le fait pas, il agira une nouvelle fois, comme déjà lors du vol d’index en janvier 2012, contre les intérêts du salariat, qui par le biais d‘un front syndical luxembourgeois uni, à l’exception du LCGB, a manifesté son rejet et son opposition de façon impressionnante sur la Place Clairefontaine.

La dégradation des prestations frappera tout un chacun, en particulier les jeunes que la politique conservatrice veut livrer à des systèmes privés de retraite complémentaire onéreux, à plus faible rendement et socialement moins équitables. Et on continuera sur cette voie du démantèlement progressif du régime public de l’assurance-pension. La fédération patronale UEL a déjà invité le prochain gouvernement à aller dans cette direction après 2014. Mais il est encore temps pour les partis gouvernementaux de se raviser. Progrès social ou régression sociale? Aucune autre question ne se pose!

Le gouvernement va également devoir clarifier dans les semaines à venir s’il adhère toujours au modèle luxembourgeois des négociations salariales et quelle est sa position en matière de cogestion dans les entreprises. Il est urgent que le projet de loi sur la cogestion soit mis sur les rails, il doit l’être immédiatement!
Des notions comme partenariat social, dialogue social et paix sociale ont marqué pendant 40 ans l’histoire sociale du Luxembourg. Elles sont synonymes d’une politique sociale et de négociations collectives de qualité, construite et mise en place au fil de longues années, respectée et cultivée par après, et ce tant par les gouvernements respectifs que par les fédérations patronales et les organisations syndicales.

Mais aujourd’hui, il y a les casseurs qui sont à l’œuvre!

Premier exemple. Cargolux et Qatar Airways sont concurrents et «chacun vise d’abord son propre avantage» (1). Cette déclaration vient de Richard Forson, l’actuel directeur par intérim de Cargolux et candidat (non officiel) de Qatar Airways pour le poste de directeur général de Cargolux. C’est aussi l’homme qui veut liquider la convention collective de travail de Cargolux. Et la rumeur d’une délocalisation d’entités entières de l’entreprise comme le service de maintenance de Cargolux avec ses 450 emplois hautement qualifiés continue à circuler.

L’OGBL avait mis en garde contre ce bradage progressif de Cargolux et s’était prononcé contre l‘entrée de Qatar Airways dans le capital de Cargolux. Et il réitère cette mise en garde en vue de l’augmentation prévue du capital. Cargolux est pour l’économie luxembourgeoise une entreprise systémique du fait que des milliers d’emplois dans le secteur aéroportuaire, logistique et auprès de Luxair dépendent de son fonctionnement intact. Sans Cargolux, le projet d’un centre logistique ne pourra survivre. Cette entreprise ne doit en aucun cas tomber entre les mains de prédateurs qui veulent la saigner à blanc et détruire des emplois luxembourgeois de qualité. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il doit garantir que la participation luxembourgeoise au capital ne soit pas diminuée mais au contraire augmentée. Et il doit veiller que soient prises les bonnes décisions en ce qui concerne la direction de la société de fret.

Deuxième exemple. La fédération industrielle luxembourgeoise Fedil cherche depuis des semaines à se justifier. ArcelorMittal, Hyosung et Luxguard n’en font qu’à leur tête, elles profitent sans aucune retenue de la politique néolibérale de dérégulation économique, dont la Fedil fait servilement l‘éloge.

Bien que l’Office statistique des Communautés européennes Eurostat ait constaté en 2008 (2) dans son analyse comparative des salaires horaires dans l’industrie que les salaires sont de 13,8% plus élevés en France, de 18% en Allemagne et de 29,7% en Belgique qu’au Luxembourg … la Fedil s’obstine à prétendre que les coûts salariaux, et ce plus particulièrement dans l’industrie, sont trop élevés au Luxembourg.

Pareillement, la Fedil fait preuve de la plus grande indulgence pour le comportement scandaleux de la direction de l’usine de verre Luxguard II à Dudelange qui pratique un véritable chantage afin de faire accepter aux salariés une baisse de salaire de l’ordre de 20%. La Fedil passe délibérément sous silence que dans les usines de verre les salaires ne dépassent pas les 10% des coûts de production et que par conséquent la décision d’investir ou non dans un nouveau four à verre n’a pas grand-chose à voir avec le niveau des salaires de nos collègues chez Luxguard!

Ces provocations détruisent le dialogue social avec l’OGBL et alimentent le conflit social. Comment pourra-t-on de cette façon travailler de concert au Luxembourg pour une politique innovatrice de l’industrie et de l’implantation d’entreprises, ainsi que pour la sécurisation des emplois?

Et le gouvernement? Par le vol d’index, on a inutilement privé le salariat en 2012 de plus de 200 millions d’euros. Est-ce la bonne réponse à la crise économique? Y a-t-il vraiment encore quelqu’un qui croit sérieusement que l’austérité, les économies et le dumping salarial résoudront le problème primordial de l’économie européenne (et de ce fait également du Luxembourg) à savoir, le problème d’une demande en stagnation voire en baisse? Est-ce de cette façon qu’on crée des emplois? La réponse est non. On les détruit.

André Roeltgen

(1) Tageblatt, 22 septembre 2012,
(2) Statec, Regards 2-2011

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