23 avril 2013

1er mai 2013

Un Etat social fort, le respect et la juste rétribution du travail sont indispensables pour surmonter la crise économique et sociale.

Jean-Claude Reding, président de l’OGBL

Jean-Claude Reding, président de l’OGBL

Les faits sont têtus et montrent que les mesures d’austérité, de réduction de la protection sociale, de pression sur le niveau des salaires et de dérégulation du marché du travail instaurées par les gouvernements pour surmonter la crise, qui sévit maintenant depuis 5 ans dans le monde, ne font que renforcer la crise sociale, sont néfastes pour l’activité économique et ne permettent pas d’équilibrer les finances publiques.

En 2013, nous aurons au minimum 48 millions de chômeurs dans les pays industrialisés membres de l’OCDE. Dans beaucoup de pays, les jeunes sont les principales victimes du fléau du chômage et plus encore de la précarisation de l’emploi. Ces tendances valent également pour le Luxembourg et la Grande Région.

Les mesures d’austérité mises en place freinent l’activité économique et ont ainsi un impact négatif sur l’emploi et les recettes fiscales. Ceci vaut de nouveau également pour le Luxembourg et la Grande Région.

Un peu partout dans les pays de l’Union européenne nous constatons une pression constante sur les systèmes de protection sociale mis en place dans la deuxième moitié du siècle dernier, cela concerne les prestations familiales, les prestations de l’assurance-maladie et de l’assurance pension, l’indemnisation et les aides en cas de chômage, mais également les prestations mises en place dans beaucoup de pays à la fin du siècle dernier comme l’assurance dépendance, les allocations diverses pour personnes handicapées ou encore les allocations permettant de garantir un revenu minimum. Cette politique défendue sous des prétextes idéologiques divers, mais motivée essentiellement par des considérations de finances publiques est une politique rétrograde, une politique de régression sociale qui ne fait qu’augmenter les injustices, les inégalités sociales et l’insécurité sociale qui se propage dans nos sociétés. C’est également une grave erreur économique qui renforce la crise par ses effets négatifs sur le pouvoir d’achat de la grande masse des salariés actifs et retraités.

La pression sur les salaires par la mise en place systématique d’une politique qui vise à affaiblir la négociation collective et les instruments d’adaptation du niveau des salaires à l’évolution des prix, comme l’indexation des salaires au Luxembourg, a également un impact négatif sur l’économie puisqu’elle réduit la consommation interne, l’investissement des ménages et également les recettes fiscales. Cette politique est mise en place sous le prétexte fallacieux d’augmenter la compétitivité des entreprises et ainsi, à moyen terme, de créer des emplois. Or, la compétitivité des entreprises passe plutôt par l’augmentation de la productivité, de leur efficacité, par leur capacité d’innovation, par la qualité des produits et services, par les coûts des infrastructures, des matières premières. Ces facteurs sont influencés par la motivation des salariés, donc par les conditions de travail et de rémunération et par l’investissement à long terme, et non par la recherche du profit maximal à court terme.

Pour surmonter la crise, il nous faut une politique qui encadre, soutient et stimule l’activité économique dans les créneaux d’avenir en phase avec les objectifs de durabilité si souvent affichés dans les grandes déclarations politiques au niveau international et surtout européen.

Des alternatives à la politique désastreuse menée actuellement dans l’Union européenne existent, elles passent par une politique volontariste de relance au niveau européen et d’investissement dans les secteurs d’avenir. Elles misent sur le marché intérieur et le développement régional et pas seulement sur le marché global. Elles demandent la mise en place d’une véritable politique industrielle européenne. Elles exigent une politique monétaire qui ne vise pas seulement la stabilité, mais prend également en considération les effets sociaux et économiques que peuvent avoir les décisions monétaires. Elles misent sur la motivation des travailleurs et l’esprit d’innovation et favorisent en conséquence la démocratie sociale et la négociation collective. Elles prônent le développement d’un Etat de providence moderne avec des prestations  de qualité pour tous afin de maintenir la cohésion sociale et d’agir contre les inégalités croissantes.

En 2010, le gouvernement luxembourgeois s’est aligné sur les orientations de l’OCDE et de la Commission européenne.  Si en 2006, il avait encore été possible de trouver un compromis dans le cadre d’une tripartite, certes difficile et fragile, cela n’est  plus possible maintenant. Fort de la mobilisation du 16 mai 2009, il nous a été possible de peser sur les événements et de faire échec aux propositions présentées en avril 2010 par Luc Frieden, ministre du Budget. Mais tout au long des dernières années, le combat autour de ces orientations d’austérité a continué.

Depuis lors, à coup de manifestations, d’actions syndicales, de négociations, par un travail d’explication et de proposition, nous avons réussi à éviter la mise en place d’une politique d’austérité dure comme dans beaucoup d’autres pays. Il n’empêche que beaucoup de salariés et de retraités ressentent les effets de cette politique à chaque fin de mois.

Nous n’avons pas oublié les pertes dues aux reports continuels des tranches indiciaires. Nous n’avons pas oublié le vol de l’ajustement des pensions.

Nous n’avons pas oublié l’augmentation de la participation individuelle dans les prestations de l’assurance-maladie,  la diminution rampante des prestations familiales sous toutes leurs formes et la politique discriminatoire vis-à-vis des travailleurs frontaliers dans ce domaine.

Nous nous battrons pour le rétablissement de l’indexation des salaires et des pensions et ce sans aucune limitation.

Nous défendrons les conventions collectives de travail dans l’industrie, dans l’aviation, dans le bâtiment et demain dans le secteur du nettoyage, du gardiennage et dans les banques.

Nous interviendrons avec détermination dans le débat annoncé sur la fiscalité et ce dans le sens de la justice fiscale. La politique fiscale du gouvernement était ces dernières années pour le moins incohérente et a souvent penché en défaveur des salariés avec des revenus faibles et moyens.

Nous serons très vigilants en ce qui concerne la sécurité sociale dans tous ses aspects.

Nous exigeons des réformes qui renforcent les droits des salariés, qui les protègent mieux contre l’arbitraire et qui renforcent la démocratie sociale, la démocratie sur le lieu de travail.

Nous avons des propositions pour préparer l’avenir, pour surmonter la crise. Nous voulons en discuter, le cas échéant négocier sur nos propositions, mais nous serons intransigeants contre la continuation, voire un renforcement de la politique d’austérité. Cette politique est un échec en Europe, c’est également un échec au Luxembourg.

Nous défendrons bec et ongles notre Etat social, parce qu’il est essentiel pour garantir une vie digne pour tous, pour prémunir chacun contre les aléas de la vie, parce qu’il est essentiel pour préserver la cohésion sociale dans un pays qui change rapidement.

Voilà le message que l’OGBL lance avec force et détermination lors de ce 1er mai 2013.

Jean-Claude Reding
Président national de l’OGBL

 

 

 

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